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mercredi 3 octobre 2007

le Bal de la Honte

Vous avez peut-être déjà lu à cette heure l'article du Monde racontant la fête somptueuse organisée à la mi-septembre par un dirigeant et camarade du Parti Socialiste pour célébrer son mariage avec une personnalité du cinéma et de la télévision. Vous en avez au moins entendu parler. 800 invités du monde de la politique, de l'argent et du show-biz étaient de la soirée. L'ambiance, paraît-il, était euphorique...

J'ai hésité un moment à prendre la plume, car je n'aime pas faire du "basisme" facile. Je ne citerai pas les noms des personnalités du Parti Socialiste qui se trouvaient là, car je suis persuadé que beaucoup d'entre elles se sont rendues à cette invitation pour faire plaisir à un vieux camarade, sans savoir dans quoi elles allaient tomber.

Et je ne suis pas contre les fêtes. C'est une dimension importante de la vie. De par mon métier, j'ai organisé de belles fêtes, en particulier de beaux "14 Juillet". J'y ai donné et reçu beaucoup de plaisir, et j'avais le sentiment de faire aussi mon devoir.

Je suis néanmoins catastrophé de l'insouciance que la tenue d'une telle soirée démontre à l'égard de la tristesse actuelle du peuple de gauche, et des connivences qu'elle révèle au sein d'un petit monde où se mêlent argent, célébrité et politique. Ce bal sur les ruines de notre défaite est une vraie provocation. Et cette provocation sème le discrédit, non seulement sur ses organisateurs, ce qui est très mérité, mais aussi sur des camarades sincères et dévoués.

Imagine-t-on Blum, Jaurès ou Mitterrand dans une fête de ce type? Je déteste les surenchères de l'extrême-gauche, mais cette fois-ci, me voilà forcé d'être d'accord avec "Rouge", qui écrit : "ce dîner politico-mondain... montre que nous ne vivons pas dans le même monde et n'avons pas la même conception de la politique".

samedi 11 août 2007

Rions un peu...

Pour se changer un peu les idées au coeur des vacances, voici l'histoire d'Edgar Faure, homme politique éminent de la IVème République, sachant (lui aussi) cultiver les amis généreux.

Progressant dans les charges et les honneurs, notre ami Edgar part à la recherche d'un bel appartement parisien -pas moins de 300 mètres carrés, sans doute- plus conforme à sa nouvelle importance politique.

Le voilà donc prenant contact avec avec l'une de ses nombreuses relations, président d'une grande compagnie d'assurances, de ce genre de compagnie qui possède des centaines d'immeubles bourgeois dans la capitale.

Il lui explique longuement ses besoins, lui dit combien il compte sur lui pour lui trouver l'appartement correspondant à ses voeux, et conclut en disant : "et, bien entendu, j'insiste pour payer un loyer... même symbolique!".

jeudi 9 août 2007

Petite analyse de texte

Avez-vous lu le communiqué suivant de la Présidence de la République?

"Le président de la République est favorable à l'initiative de Bernard Accoyer, président de l'Assemblée nationale, qui appelle à la constitution d'une commission d'enquête parlementaire sur les développements récents des relations entre la France et la Libye, y compris en matière d'armement. Les travaux de cette commission permettront de confirmer toutes les déclarations faites par les autorités françaises et de mettre en valeur l'exemplarité de leur action qui a permis, avec l'Union européenne, de mettre un terme à l'emprisonnement des cinq infirmières et du médecin bulgares."

En quelques lignes, que de biais introduits, plus ou moins subtilement, dans la communication!

Que signifie le Président en disant qu'il est "favorable" à cette initiative? que cela change-t-il au processus? en sens inverse, pourrait-il dire qu'il est "défavorable" à telle ou telle initiative du Parlement? cela pourrait-il arrêter le cours des choses? L'on en arrive à penser qu'en se disant ainsi "favorable", le Président cherche surtout à prendre les devants en faisant comprendre qu'il ne craint pas l'initiative, et donc qu'il n'a rien à se reprocher.

"... initiative de Bernard Accoyer, président de l'Assemblée nationale". Vraiment? le Président paraît mal informé. Tout lecteur de journal, ou même tout spectateur des journaux télévisés avait compris que l'initiative venait en réalité du Parti socialiste. Pourquoi ainsi le dissimuler?

Plus étonnant, avant même que la Commission d'enquête se soit réunie, notre Président en annonce le résultat : "les travaux de cette commission permettront de confirmer toutes les déclarations faites par les autorités françaises et de mettre en valeur l'exemplarité de leur action etc." Est-ce une façon de dicter aux membres de la future commission, au moins à ceux appartenant à sa majorité, ce que devra contenir son rapport?

"...exemplarité de leur action qui a permis, avec l'Union européenne,..." joli coup peut-être. Mais doit-on vraiment donner en exemple pour notre diplomatie une action consistant à prendre au dernier moment la vedette d'une libération préparée de longue date par de nombreux Européens? Et n'aurait-on pas dû au moins écrire "une action de l'Union européenne qui a permis, avec l'aide de la France..."?

Exemplaire, vraiment, une action qui a entraîné le commentaire suivant du fils du colonel Khadafi: "j'ai dit à mon père: "je n'arrive pas à croire à l'offre française!"? Oui, il faudra que l'on sache un jour ce qu'ont vraiment offert M.et Mme Sarkozy au Maître de Tripoli pour se placer en première page de l'actualité!

samedi 28 juillet 2007

enseignement français à l'étranger: une ténébreuse promesse

La promesse de Nicolas Sarkozy d'instaurer dès la prochaine rentrée la gratuité pour les élèves français de seconde, de première et de terminale dans les établissements français de l'étranger est tout à fait révélatrice, à l'échelle de la communauté des français expatriés, d'une part des convictions profondes du candidat, d'autre part des ravages que celles-ci ne vont pas manquer d'entraîner, là comme en d'autres domaines.

De toutes les formules possibles pour séduire les électeurs français de l'étranger, le candidat a en effet choisi, comme en tant d'autres occasions, celle qui était la plus favorable aux riches, et la plus discriminatoire.

La plus favorable aux riches, car dans cette population d'élèves du lycée, les enfants de familles les plus démunies sont déjà titulaires de bourses, et n'ont donc rien à y gagner.

Suivent les familles à revenus moyens, non aidées, pour lesquelles l'éducation des enfants est une lourde charge, compte tenu des coûts élevés des écolages dans nos établissements à l'étranger. Celles-là seront gagnantes, et c'est justice.

Mais vient ensuite un effet d'aubaine incompréhensible pour les familles à hauts, voire très hauts revenus (pensons aux fameux exilés fiscaux, célèbres ou discrets) ainsi que pour les entreprises qui finançaient jusque là sans problème la scolarité des enfants de leurs cadres expatriés.

La plus discriminatoire aussi, car elle va créer une différence brutale de régime entre enfants français scolarisés dans notre système selon qu'ils ont atteint, ou non, le second cycle du secondaire.

Les ravages de la mesure dans nos communautés à l'étranger vont être visibles dès la prochaine rentrée, lorsque commenceront à se réunir les commissions de bourses, et que telle famille à la limite de l'éligibilité verra rejeter son dossier au moment même où tel enfant de famille fortunée se verra accueillir sans bourse délier.

Malgré ces crises annoncées, la tentation était-elle donc à ce point irrésistible de plaire toujours aux mêmes: les prospères, les puissants, les héritiers?

Question subsidiaire: d'ordinaire, lorsque l'on voit apparaître une mesure de ce type dans le programme d'un candidat, c'est qu'elle a été mûrie, portée et défendue par un parti, une association, un cercle de réflexion, un groupe de pression.

Dans cette affaire, c'est le mystère. L'idée n'était jamais apparue jusqu'à présent de financer ainsi, et de façon exclusive, le dernier cycle du secondaire à l'étranger. Le candidat n'ayant pas une connaissance intime des problèmes des Français établis hors de France, quelqu'un, forcément un notable, bien introduit dans son entourage, a dû la lui souffler.

En s'appuyant sur quels arguments, sur quelle logique? et qui donc peut-il bien être?

Peut-être un élu important des Français de l'étranger, appartenant à la mouvance politique du Président. Peut-être une personnalité dont les enfants, les petits-enfants, les neveux ou les petits-neveux pourraient se retrouver aujourd'hui ou demain bénéficiaires de la mesure.

L'on serait heureux que ce conseiller secret du Président de la République veuille bien se faire connaître. Qu'il veuille bien prendre ses responsabilités, face aux Français de l'étranger de toutes conditions et de toutes ressources. Beaucoup de choses se trouveront clarifiées. Le débat démocratique ne pourra qu'y gagner.

dimanche 22 juillet 2007

Napoléon et Nicolas, même combat?

Ressemblances troublantes entre Nicolas Sarkozy et Napoléon Bonaparte :

1. tous deux sont, au moins par leur père, Français de première génération,

2. tous deux sont d'une ambition effrénée , prêts à tout pour arriver. Le jeune Bonaparte fait sa cour aux Directeurs, et notamment à Barras, dont il épouse la maîtresse, Joséphine, quand celui-ci veut lui faire une fin pour s'en débarrasser. Il fait tirer par la troupe sur les manifestants de la rue Saint-Honoré, ce qui lui permet d'obtenir le commandement de l'armée d'Italie,

3. tous deux sont évidemment hyperactifs au point de fasciner tous ceux qui les observent. Ils s'occupent de tout, s'intéressent à tout, savent tout mieux faire que les autres. Par voie de conséquence, ils considèrent leurs collaborateurs comme des incapables, et ne leur laissent aucune initiative. C'est la façon dont Napoléon se comportait avec ses Maréchaux,

4. tous deux veulent refonder les institutions, sont pris d'une boulimie législative et réglementaire : Bonaparte avec le Code civil, l'instauration du Consulat, la mise en place des préfets, Nicolas Sarkozy avec sa volonté de fonder une sorte de VIème république, et de créer un nouveau code du Travail (contrat unique, limitation du droit de grève, heures supplémentaires défiscalisées...),

5. tous deux ont un sens aigu de la communication. Toute entreprise, même médiocrement aboutie, est un brillant succès. Napoléon mène un certain nombre de batailles indécises, au résultat très lourdement payé. Mais dans les bulletins de la Grande Armée, chaque bataille livrée est une grande victoire. L'expédition d'Egypte est un désastre, le jeune Bonaparte regagne la France en abandonnant ses troupes, mais peu importe, l'image qui en reste, c'est "du haut des Pyramides, 40 siècles vous contemplent...",

De même, chaque fois que Nicolas Sarkozy va à Bruxelles, il y remporte, à l'entendre, un triomphe. Ce n'est que peu à peu qu'on apprend que les Polonais n'ont pas vraiment donné leur accord, que le traité dit "simplifié" est en fait fort compliqué, ou encore que les ministres des finances européens n'ont été qu'à moitié convaincus par l'exposé présidentiel de la politique économique française,

6. tous deux mènent à l'égard de leur opposition une politique combinée de cajôleries et d'intimidation. Bonaparte aussi, dès qu'il est Premier Consul, mène une politique de ralliement systématique des émigrés, et sème le trouble dans leurs rangs, comme aujourd'hui Sarkozy le sème au Parti socialiste,

7. tous deux, enfin, ont une mère pleine de bon sens. L'on peut parier que la maman de Nicolas soupire chaque soir avant de se coucher: "pourvu que ça dure...".

Et pour conclure, cette citation de Chateaubriand (qui l'écrivait, bien sûr, en pensant à Napoléon) : "En général, on parvient aux affaires par ce que l'on a de médiocre, et l'on y reste par ce que l'on a de supérieur. Cette réunion d'éléments antagonistes est la chose la plus rare, et c'est la raison pour laquelle il y a si peu d'hommes d'Etat."