Pour ceux que cela pourrait intéresser, voici le compte-rendu, pour les membres de Français du Monde-ADFE, de mon voyage à Kaboul dans le cadre de la campagne pour des élections partielles à l'Assemblée des Français de l'étranger dans la circonscription de New Delhi.
Grâce à l'obstination de nos amis d'Islamabad - merci à Valérie et à Faqir Khan! -, nous arrivons avec Paul Graf à embarquer mardi sur le vol humanitaire des Nations Unies, petit avion à hélices de 20 places. En une heure de vol paisible, nous voici à Kaboul, aussitôt pris en charge par l'Ambassade de France.
Arrêt au cimetière des Européens, où nous nous recueillons sur les très modestes tombes des Français et de bien d'autres qui, du XIXème siècle à ces derniers mois, ont donné leur vie à ce pays. En traversant la ville poussiéreuse, encore stigmatisée par plus de vingt années de guerre, nous passons par le quartier des nouveaux puissants du jour, barons de la politique et de la drogue, où se pressent des dizaines de villas toutes neuves, plus kitsch les unes que les autres, au murs couleurs pastel, avec colonnades, frontons et escaliers extérieurs massifs, marbres et stucs ostentatoires.
L'ambassade se trouve au coeur du quartier diplomatique et gouvernemental, lourdement protégé par barbelés, sacs de sable et chicanes. Datant des années 1960, elle a, elle aussi, souffert de temps difficiles. C'est néanmoins, avec ses massifs de roses et sa grande pelouse arborée, un vrai havre de paix. Une dizaine de policiers français, visiblement aguerris, assurent sa sécurité et veillent, avec trois voitures blindées, à la protection des déplacements sensibles.
Mais ce qui frappe en parlant aux uns et aux autres, c'est la faiblesse des moyens humains. Quelques agents à peine pour couvrir non seulement l'évolution de la situation intérieure, mais aussi l'international, l'économique, le consulaire, la coopération. La petite équipe a un moral d'acier, indispensable pour ne pas sombrer dans un environnement extraordinairement difficile.
Tous sont profondément motivés et de la plus haute qualité. Il le faut pour maintenir à flot notre image, alors que des pays aux intérêts proches des nôtres, Grande-Bretagne, Allemagne ou Canada, sans parler des Américains, ont su adapter leurs effectifs aux enjeux, et disposent de moyens sans comparaison avec les nôtres. Ici, comme en d'autres endroits difficiles, Paris demande de faire plus avec moins, et se montre faiblement réactif. Dans des circonstances de ce type, pourquoi ne parvient-on pas à réorienter, au moins pour un temps, quelques agents de postes paisibles et bien pourvus afin de renforcer nos équipes?
Il y a évidemment nos cinq coopérants, conduits par notre ami Michel Ouliac, auprès des deux lycées de tradition française, Malalai pour les filles, Esteqlal pour les garçons : 7.000 élèves au total, avec l'ambition pour notre part d'enseigner à terme en français à partir de la classe de seconde au moins les matières scientifiques, et de diriger les meilleurs éléments vers notre enseignement supérieur. Deux beaux établissements, construits en leur temps par la France. Ils ont eux aussi souffert de l'intervention soviétique et de la guerre, non seulement dans leurs murs, mais encore bien plus par la dispersion du corps enseignant francophone, qu'il faut patiemment reconstituer et motiver. Ils ont néanmoins, avec notre soutien, déjà restauré leur image et leur force d'attraction.
Il y a aussi notre centre culturel, animé avec une foi vibrante par Gabriel Buti. C'est une très belle structure : grand hall polygonal pour les expositions, salle de spectacle de 450 places, bien équipée, médiathèque à la chaleureuse ambiance. Avec de très modestes moyens de fonctionnement, heureusement démultipliés par beaucoup d'imagination, notre centre occupe une place hautement visible, unique en son genre, dans une ville à peu près privée de toute offre culturelle.
Et grâce à l'hospitalité de Michel et Roseline Ouliac, nous avons passé notre unique soirée avec une trentaine de Français (dont une bonne moitié de Françaises!) travaillant ici, soit pour des ONG, soit pour des institutions humanitaires de la famille des Nations Unies. Tous gens de qualité, clairement compétents dans leurs domaines respectifs, parlant avec ferveur de leurs projets, qu'il s'agisse de santé publique, de médecine d'urgence ou réparatrice, d'agriculture et de micro-développement, de lutte contre la drogue, d'adduction d'eau ou tout simplement de logistique associée.
Mais tous aussi se montrent inquiets quant à la pérennité de leurs programmes, alors que l'Afghanistan cède la place dans les médias internationaux à d'autres urgences humanitaires, telles que le Darfour, et que commence à apparaître la fatigue des donateurs. Là comme ailleurs, le secret du succès réside pourtant dans la capacité à maintenir notre aide sur longue durée, en la protégeant des fluctuations des modes, des aléas politiques et stratégiques.
Nous repartons par le même avion des Nations Unies en fin de matinée du mercredi, pour refaire un dernier point avec nos amis d'Islamabad, avant de prendre en début de soirée un bus sur Lahore, où nous arrivons à une heure avancée de la nuit. Quelques heures de sommeil, et départ le lendemain matin, Paul sur Téhéran, moi sur Paris. Mardi prochain, nous nous retrouvons en Iran pour poursuivre la campagne.
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vendredi 16 novembre 2007
dimanche 4 novembre 2007
Triste naufrage
Lorsque l'on croit à l'importance de la coopération décentralisée et des interventions de la société civile dans les situations d'urgence et dans l'aide au développement, l'on ne peut qu'être abattu par l'affaire de l'Arche de Zoé. Le reportage télévisé du journaliste Marc Gamirian sur l'ensemble de l'opération, que vient de diffuser la chaîne M6, est accablant sur le comportement d'Eric Breteau, son chef de file. Les effets de ce désastre ne manqueront pas de se faire longuement sentir dans nos rapports avec les pays africains, dont la confiance a été fortement ébranlée. Comment en est-on arrivé là?
Les diplomates qui ont géré des situations de crise, avec leur afflux d'ONG humanitaires (j'ai pour ma part connu cela avec le tremblement de terre de Bam, en Iran, qui a tué en quelques secondes 30.000 personnes le lendemain de Noël 2003) savent toute l'importance du rôle de conseil, de coordination et d'appui d'une ambassade bien mobilisée et connaissant son terrain. Un certain nombre de volontaires débarque en effet avec plus de bonne volonté que de capacité à agir, du moins dans l'immédiat. Beaucoup demandent, parfois impérieusement, qu'on les aide à débloquer leur matériel de la douane ou à trouver des moyens locaux d'acheminement sur les lieux de l'opération. Souvent quelques conseils très simples de comportement, quelques mises en contact (par exemple pour trouver de bons guides et interprètes) leur permettent d'éviter de lourdes erreurs. Tous sont évidemment anxieux de démontrer leurs capacités dans un monde qui est, à sa façon, très concurrentiel quand il s'agit ensuite de l'emporter dans des appels à projets européens ou multilatéraux.
Et c'est très bien ainsi. Car les ONG, la société civile, ne peuvent pas tout faire. Et l'administration d'Etat non plus. C'est de leur bonne collaboration que peuvent sortir des opérations réussies, qu'il s'agisse d'humanitaire ou d'aide dans la durée au développement.
Dans le cas de l'Arche de Zoé, l'on voit que l'ambassade de France et l'armée française ont cru bien faire en apportant à cette équipe toute l'aide possible, d'autant qu'Eric Breteau leur a soigneusement dissimulé le but ultime de l'opération. Manifestement, comme disent les militaires, elles n'ont pas "percuté".
Mais ce but d'exfiltration des enfants était, lui, connu du cabinet de Rama Yade et des services parisiens, de même que les noms des responsables de l'association qu'ils avaient reçus à plusieurs reprises. L'Ambassade n'en aurait-elle pas été informée? Il est pourtant de règle, quand un service parisien est saisi d'une affaire de ce genre, d'alerter aussitôt l'ambassade concernée par télégramme, et vice-versa. Pour ce qui concerne la responsabilité du ministère des Affaires étrangères et européennes, c'est la question essentielle.
Si Rama Yade et ses collaborateurs n'ont pas répercuté l'information qu'ils détenaient, ils sont responsables. S'ils l'ont fait et que l'ambassade n'a pas correctement exploité l'information, c'est elle la responsable. Espérons que l'inspection demandée par le Premier Ministre fera la clarté au plus vite sur ce point crucial. Il y va de la bonne information des Français, et de la confiance qu'eux aussi peuvent faire, ou non, aux membres de leur gouvernement et à leur administration.
Les diplomates qui ont géré des situations de crise, avec leur afflux d'ONG humanitaires (j'ai pour ma part connu cela avec le tremblement de terre de Bam, en Iran, qui a tué en quelques secondes 30.000 personnes le lendemain de Noël 2003) savent toute l'importance du rôle de conseil, de coordination et d'appui d'une ambassade bien mobilisée et connaissant son terrain. Un certain nombre de volontaires débarque en effet avec plus de bonne volonté que de capacité à agir, du moins dans l'immédiat. Beaucoup demandent, parfois impérieusement, qu'on les aide à débloquer leur matériel de la douane ou à trouver des moyens locaux d'acheminement sur les lieux de l'opération. Souvent quelques conseils très simples de comportement, quelques mises en contact (par exemple pour trouver de bons guides et interprètes) leur permettent d'éviter de lourdes erreurs. Tous sont évidemment anxieux de démontrer leurs capacités dans un monde qui est, à sa façon, très concurrentiel quand il s'agit ensuite de l'emporter dans des appels à projets européens ou multilatéraux.
Et c'est très bien ainsi. Car les ONG, la société civile, ne peuvent pas tout faire. Et l'administration d'Etat non plus. C'est de leur bonne collaboration que peuvent sortir des opérations réussies, qu'il s'agisse d'humanitaire ou d'aide dans la durée au développement.
Dans le cas de l'Arche de Zoé, l'on voit que l'ambassade de France et l'armée française ont cru bien faire en apportant à cette équipe toute l'aide possible, d'autant qu'Eric Breteau leur a soigneusement dissimulé le but ultime de l'opération. Manifestement, comme disent les militaires, elles n'ont pas "percuté".
Mais ce but d'exfiltration des enfants était, lui, connu du cabinet de Rama Yade et des services parisiens, de même que les noms des responsables de l'association qu'ils avaient reçus à plusieurs reprises. L'Ambassade n'en aurait-elle pas été informée? Il est pourtant de règle, quand un service parisien est saisi d'une affaire de ce genre, d'alerter aussitôt l'ambassade concernée par télégramme, et vice-versa. Pour ce qui concerne la responsabilité du ministère des Affaires étrangères et européennes, c'est la question essentielle.
Si Rama Yade et ses collaborateurs n'ont pas répercuté l'information qu'ils détenaient, ils sont responsables. S'ils l'ont fait et que l'ambassade n'a pas correctement exploité l'information, c'est elle la responsable. Espérons que l'inspection demandée par le Premier Ministre fera la clarté au plus vite sur ce point crucial. Il y va de la bonne information des Français, et de la confiance qu'eux aussi peuvent faire, ou non, aux membres de leur gouvernement et à leur administration.
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