mercredi 19 novembre 2008

Ils sont fous, ces socialistes!

Nous sommes un peu bizarres, nous les Français, et surtout les Français de gauche, et encore plus les membres du parti socialiste. Dans la plupart de l'Europe civilisée, un parti, quand le résultat des élections lui donne une chance de gouverner, regarde autour de lui quelles sont les autres formations avec lesquelles, au vu du choix des électeurs, il pourrait former une coalition. Il entre alors en négociations avec ces partenaires potentiels, se met ou ne se met pas d'accord en fonction de ce qu'il considère comme essentiel et accessoire dans son programme, de ce qu'il juge acceptable ou inacceptable chez les autres, et dans le cas favorable, met au point avec eux une coalition de gouvernement. Le processus peut prendre en effet quelques semaines, car chacun se bat pied à pied sur les points qui lui tiennent à coeur. Pendant ce temps, comme l'on est dans un monde civilisé, l'on fait confiance au gouvernement sortant pour gérer les affaires courantes.

Chez nous, si tout n'est pas réglé dans les trois jours suivant les élections sur la façon de gouverner et la formation des équipes ministérielles pour les années à venir, l'on se croit déshonoré, et en péril de subir les plus noirs complots. Chez nous, les socialistes, -pire encore- des annnées avant que les électeurs ne soient appelés aux urnes, nous avons l'ambition de décider pour eux de la meilleure des combinaisons pour accéder aux bienfaits d'un gouvernement conduit par nos chefs. L'on prétend donc leur expliquer pour qui ils seraient bien inspirés de voter, s'ils ne parviennent pas à voter pour notre parti lui-même.

Et c'est là que tout se complique! car l'on raisonne sur des formations dont personne ne sait ce qu'elles seront dans trois ou quatre ans, des formations dont on connaît à peine les intentions, et encore moins le poids parlementaire qu'elles pourront afficher au moment décisif, qu'elles se situent à droite ou à gauche de notre cher et grand parti.

Au fond, quelle outrecuidance, quelle condescendance pour le corps électoral! quelle ignorance du fait que le jour venu, celui-ci, comme il l'a fait en tant d'occasions passées, dosera à sa façon la combinaison des forces politiques auxquelles il souhaite confier son destin pour les années à venir.

Si nous croyons vraiment à la souveraineté du peuple, commençons par nous présenter humblement à lui pour ce que nous sommes, avant de pérorer sur nos hypothétiques alliances. Définissons clairement ce que nous voulons, nous et personne d'autre, et l'essentiel de que nous aspirons à réaliser le temps d'un mandat populaire. Et laissons au peuple le soin de nous répondre s'il souhaite que nous agissions seuls, ou alliés avec tel ou tel autre, qu'il saura bien nous désigner.

Les coalitions ont du bon. Elles obligent au compromis. Elles sont le plus sûr moyen de trier le réalisable des idées à l'emporte-pièce, conçues pour emporter les applaudissements des congrès. Elles renforcent les capacités de mettre en oeuvre les bons projets. Au fil de l'exercice du pouvoir, elles instaurent des contrepoids naturels aux tentations d'omnipotence. Enfin, elles se dissolvent d'elles-mêmes quand elles ont épuisé leurs vertus, obligeant en ce cas à retourner devant les décideurs en dernier ressort, c'est-à-dire devant les électeurs.

Sur un tel sujet, faut-il que nous nous fassions moucher par le jeune Besancenot? voilà ce qu'il inscrit dans les principes de son nouveau parti anticapitaliste : "Dans les institutions électives, nous soutiendrons toutes les mesures qui amélioreraient la situation des travailleurs et les droits démocratiques. Nous contribuerions à leur mise en oeuvre, si les électeurs nous en donnaient la responsabilité. Mais nous resterions fidèles à ce pourquoi nous luttons et ne participerions à aucune coalition contradictoire avec ce combat." Voilà, pris à la lettre, du solide bon sens. Voilà des propos de stratège aguerri dont nous devrions nous inspirer, plutôt que de prolonger nos stériles querelles.

mardi 28 octobre 2008

Sacré Marx, pas mal vu quand même!

"La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production, ce qui veut dire les rapports de production, c'est-à-dire l'ensemble des rapports sociaux...

Ce bouleversement continuel de la production, ce constant ébranlement de tout le système social, cette agitation et cette insécurité perpétuelles distinguent l'époque bourgeoise de toutes les précédentes...


Par l'exploitation du marché mondial, la bourgeoisie donne un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. Au grand désespoir des réactionnaires, elle a enlevé à l'industrie sa base nationale. Les vieilles industries nationales ont été détruites et le sont encore chaque jour. Elles sont supplantées par de nouvelles industries, dont l'adoption devient une question de vie ou de mort pour toutes les nations civilisées, industries qui n'emploient plus des matières premières indigènes, mais des matières premières venues des régions les plus lointaines, et dont les produits se consomment non seulement dans le pays même, mais dans toutes les parties du globe.

A la place des anciens besoins, satisfaits par les produits nationaux, naissent des besoins nouveaux, réclamant pour leur satisfaction les produits des contrées et des climats les plus lointains. A la place de l'ancien isolement des provinces et des nations se suffisant à elles-mêmes, se développent des relations universelles, une interdépendance universelle des nations."

Sacré Marx (et sacré Engels)! pas mal vu quand même, quand on pense que que ceci figure dans le Manifeste du Parti communiste, paru en 1847. On comprend que ces derniers jours à la Foire du livre de Francfort, das Kapital ait figuré parmi les best-sellers.

D'autres passages ont évidemment moins bien vieilli. Marx et Engels d'ailleurs l'ont reconnu eux-mêmes dans leurs préfaces successives au Manifeste, mais en s'interdisant de retoucher un texte enchâssé dans un moment précis de l'histoire européenne. Marx, à la fin de sa vie, percevait bien la montée en Angleterre et en Europe d'une classe moyenne issue de la classe ouvrière. Celle-ci, au fur et à mesure de ses conquêtes sociales, pénétrait donc la bourgeoisie, comme la bourgeoisie avait auparavant investi la noblesse. Bien loin de voir se constituer une immense classe ouvrière indistincte face à une poignée de grands patrons de l'industrie, du commerce et de la finance, l'expansion et la consolidation de cette classe moyenne allait devenir, est sans doute aujourd'hui plus que jamais, l'enjeu central des mouvements politiques, et peut-être même de la marche de l'Histoire.

La fin de l'Histoire passerait alors par l'universalisation de la classe moyenne, et donc par la disparition de toutes les autres classes : non qu'il n'existerait plus de grandes entreprises, et donc de "grands patrons", mais ces grands patrons, loin de s'instituer en classe autonome d'oligarques, seraient issus de la classe moyenne, et amenés, par eux-mêmes ou par leur descendance, à y revenir. Non qu'il n'existerait plus de monde ouvrier ou de pauvres exploités, mais les membres de ce monde auraient le sentiment, appuyé sur la réalité, de pouvoir, soit en cohortes, par leur action collective, soit individuellement,du moins par leurs enfants, emprunter tôt ou tard "l'ascenseur social" les élevant à la classe moyenne.

Une préfiguration de tout ceci a été vécu, au fond, en France et en Europe pendant "les Trente glorieuses". Les grands managers avaient alors pour modèles Pierre Lefaucheux ou Louis Armand, et ne se vivaient pas encore en oligarques. Les ouvriers de Renault -qui s'en souvient encore?- glissaient leur casse-croûte dans des attaché cases. Avant, l'entre-deux-guerres avait vu, en sens inverse, fondre et se reprolétariser la classe moyenne : d'où la montée du fascisme et du nazisme.

Roosevelt, au contraire, avait travaillé à la reconstitution de la classe moyenne, comme l'avaient fait aussi, repartant à zéro, les gouvernements allemands de l'après-guerre. Mais récemment, avec la levée de tous les freins à la loi du marché, l'on a vu se profiler une nouvelle oligarchie, et la précarité s'étendre à nouveau aux classes moyennes. Celles-ci ont vu alors s'accentuer une tendance toujours présente à se fracturer entre une upper middle class composée majoritairement d'héritiers, aspirant à rejoindre les oligarques, et une lower middle class frôlant dangereusement la rechute dans le prolétariat : autant de phénomènes régressifs, aux conséquences encore imprévisibles, tant aux Etats-Unis qu'en Europe.

Dans cette vision des choses, le rôle de la Gauche serait alors d'oeuvrer à l'alliance du monde pauvre et de la classe moyenne en vue de pousser d'une part à la dissolution progressive du premier dans la seconde, d'autre part à l'expansion et à la cohésion croissantes de cette dernière. Cela a été le pacte implicite qui a permis la victoire du Parti socialiste de François Mitterrand. Le délitement rapide de ce pacte a marqué la fin de l'expérience. Ce sont les conditions d'un tel pacte qu'il faudrait aujourd'hui restaurer.

mardi 14 octobre 2008

La fin du communisme aurait-elle relancé la marche de l'Histoire?

Mon ami Marc Bressant vient de sortir un roman aux éditions de Fallois, La dernière conférence. On se souvient de son drôlatique premier roman, Mémoires d'un vieux parapluie, racontant l'histoire d'un président de la République s'ennuyant tellement dans son rôle qu'il finissait par mettre la clef sous la porte et disparaître sous d'autres cieux. La garde rapprochée du président d'alors avait cru discerner, bien à tort d'ailleurs, quelque ressemblance entre le héros du livre et leur idole. On ne badinait alors pas plus qu'aujourd'hui avec ce genre du choses et ceci n'avait pas simplifié la carrière du diplomate qui se cachait à peine sous le nom de plume précité, et qui cachait encore moins son ancrage à gauche. Mais comme on le sait, les coups les plus durs viennent de son propre camp.

La dernière conférence décrit de façon tout aussi amusée, et amusante, l'une de ces conférences Est-Ouest issues des accords d'Helsinki, qui commence au 1er octobre 1989 dans l'affrontement des deux Blocs et s'achève dans le joyeux désordre déferlant sur l'Europe au moment de la chute du Mur. Le héros du roman y apparaît d'abord sous les traits d'un diplomate désabusé avant de se prendre au jeu, au jeu de la conférence... et aussi aux jeux de l'amour. Ceux-ci lui coûteront d'ailleurs cher, mais l'on se situe déjà après la fin de l'histoire.

Ceux qui ont vécu l'époque dans les chancelleries et les ministères retrouveront cette étrange atmosphère où l'on entrait dans l'avenir à reculons : tout ce qui survenait paraissait incroyable, voire lourd d'incertitudes et de dangers. Le monde que l'on quittait paraissait au fur et à mesure que l'on s'en éloignait paré de vertus croissantes. Selon les termes employés par notre président de la République en 1996 devant ses ambassadeurs, il était "critiquable mais lisible". Que de nostalgie dans cette formule!

Pour revenir à la conférence de Marc Bressant et à nos interrogations sur la crise actuelle, voici un passage sortant de la bouche d'un diplomate tchèque :

"Une chose au moins est incontestable : de par notre existence et de par celle de nos chevaux de Troie comme vous avez si longtemps appelé les partis communistes qui existaient chez vous, nous avons été un paratonnerre contre la logique folle de votre système capitaliste. A cause de nous, vos gouvernements ont été obligés de mettre de plus en plus d'eau dans leur vin. Ils ont fini par donner des droits et du pouvoir d'achat aux travailleurs, et par imposer des limites aux exigences des entrepreneurs. Ce serait un peu exagéré de dire que vous nous devez vos "Trente Glorieuses", mais nous n'y sommes pas tout à fait pour rien...

Bon, très vite sans doute nous allons devenir vos clones. La perestroïka, le multipartisme en Pologne et en Hongrie, les manifestations chez moi, en RDA et jusqu'en Bulgarie – il faut le faire quand même! – sonnent la débandade. Le Mur est tombé sur le modèle socialiste tout entier.

Mais il faut que, vous aussi, vous le sachiez : il n'y aura plus désormais de statue du commandeur pour obliger vos capitalistes à faire la part du feu. Le monde va entrer de nouveau dans l'ère des Krupp, Wendel et autres Bata avec toutes les tribulations qui en résulteront, les crises genre 1930 et, comme l'a montré Lénine avec une clairvoyance qu'on ne saurait lui refuser, leurs inévitables corollaires, les guerres coloniales, européennes et autres."

Pas mal vu, non, en regard de ce que nous vivons depuis quelque temps?

mardi 30 septembre 2008

de l'amiante, de la faim, et du vent dans les éoliennes...

Mon ami l'éminent épidémiologiste Marcel Goldberg faisait remarquer que les risques de l'amiante n'ont vraiment commencé à intéresser les gens qu'au moment où des professeurs et des étudiants d'université, à Jussieu notamment, ont découvert qu'ils étaient insidieusement menacés par leur environnement. Jusque là, l'amiante ne tuait ou n'handicapait que des prolétaires, on le savait, mais les faiseurs d'opinion ne se sentaient pas concernés.

De même, les problèmes de la faim n'ont commencé à nous agiter, et surtout à émouvoir la Banque mondiale et bien d'autres spécialistes du développement, que lorsque la faim a commencé à toucher les gens des villes. La faim, on le savait bien, régnait déjà dans les campagnes du monde pauvre, mais il fallait des poussées de grandes famines pour déclencher des interventions humanitaires. Encore celles-ci ne résolvaient rien au fond. Car la faim dans les villages faisait partie, et fait encore partie, de l'ordre des choses.

La grande peur du nucléaire se nourrit aussi du sentiment général d'être menacé dans son quotidien par un ennemi invisible. Les risques statistiques, malgré les fuites deci delà de matières fissiles, et même malgré Tchernobyl, sont pourtant très faibles. Là où le nucléaire crée sans doute le plus de dommages, c'est dans sa partie amont, dans les processus d'extraction et de traitement du minerai d'uranium, mais là, l'on retrouve l'indifférence qui a longtemps entouré le sort des travailleurs de l'amiante. Et bien entendu, l'uranium tue infiniment moins que le charbon : officiellement, dix morts de mineurs par jour en Chine, et sans doute bien plus, si l'on considère le caractère informel de beaucoup d'exploitations.

Même les gentilles éoliennes qui nous fabriquent une énergie si propre, et qui rassurent notre mauvaise conscience quant au sort que nous préparons aux générations futures, posent aussi quelques problèmes : c'est qu'il faut d'abord les fabriquer, puis les insérer dans un milieu donné, enfin les entretenir. Les travailleurs espagnols d'une entreprise de réparation de pales d'éolienne ont été récemment très lourdement intoxiqués par les résines et les peintures qu'ils devaient utiliser. L'on ne manquera pas de voir un jour les inconvénients de l'énergie éolienne pour l'environnement quand elles seront plantées par centaines, peut-être par milliers, sur le plateau continental à proximité de nos côtes océaniques.

Question du même ordre en ce qui concerne les panneaux solaires. Les trois quarts de panneaux que s'apprête à installer l'Europe sur son territoire sont ou seront importés de Chine. Dans quelles conditions y sont-ils fabriqués? Lorsque l'on connaît le lourd ratio de production de CO2 des sources d'énergie chinoises, est-on bien sûr qu'au final le bilan de l'énergie ainsi produite sera aussi innocent qu'on le rêverait?

dimanche 14 septembre 2008

Un autre regard sur l'Afghanistan

Sarah Chayes est une talentueuse journaliste américaine qui a couvert l'entrée de la Coalition en Afghanistan, en particulier à Kandahar. Elle y est retournée pour y conduire une mission humanitaire et a séjourné pendant quelque deux ans dans cette ville pourtant réputée peu accueillante pour les Occidentaux. Elle en a rapporté un témoignage "La punition de la vertu", qui présente une réalité fort éloignée du discours simplifié sur "notre combat pour les valeurs" et contre "les barbares moyenâgeux et terroristes qui prennent les populations en otage". En voici un extrait éclairant. Je le livre en écho au décapant article publié il y a quelques jours par Christophe Jaffrelot dans "le Monde" sur le sens de notre engagement en Afghanistan.

"L'on m'a souvent demandé si nous avions le droit, nous Occidentaux, "d'imposer la démocratie" à des gens "qui pourraient tout simplement n'en pas vouloir" ou qui pourraient "n'y être pas prêts". Je pense, au moins pour ce qui concerne l'Afghanistan, que l'on a exactement inversé la question. De mes discussions avec des Anciens et avec beaucoup d'autres, j'ai constaté que les Afghans savent précisément ce qu'est la démocratie, même s'ils ne sont pas forcément capables de définir le terme. Et ils la réclament. Ils attendent de leur gouvernement ce que la plupart des Américains et des Européens attendent des leurs : des routes carrossables, des écoles pour leurs enfants, des médecins aux diplômes certifiés pour qu'ils n'empoisonnent pas les gens, un minimum de responsabilité publique des gouvernants, et de la sécurité, de la loi et de l'ordre. Et ils veulent réellement participer d'une certaine façon à forger le destin de leur pays.

Mais les Afghans ont reçu très peu de tout cela, grâce à des seigneurs de la guerre comme Gul Agha Shirzai, que l'Amérique a contribué à maintenir au pouvoir. La politique américaine en Afghanistan n'a pas imposé, elle n'a même pas encouragé la démocratie, comme le proclamait le gouvernement des Etats-Unis. Elle a au contraire barré la route de la démocratie. Elle a institutionnalisé la violence.

L'imprévisibilité déstabilise l'esprit humain. Il était clair, et les habitants de Kandahar le disaient sans ambages, que l'oppression des Taliban avait pesé plus lourdement sur eux que l'oppression qu'ils connaissaient à présent. Et pourtant, du temps des Taliban, il y avait un système : il y avait la loi et l'ordre. Il y avait une certaine version du Droit. L'on connaissait les règles car elles étaient explicites. Et quand on les respectait, si dures et intransigeantes qu'elles fussent, l'on était à peu près tranquille d'avoir la paix.

Maintenant, à les écouter, il n'y avait plus de loi. L'oppression était arbitraire. Elle frappait sans raison, et donc déstabilisait les gens. Peut-être le nombre d'incidents réels à Kandahar n'était-il pas si élevé. Il n'était certainement pas aussi élevé que du temps des Moujaheddin, et les habitants de Kandahar le reconnaissaient. Ils étaient reconnaissants à la présence américaine pour le calme relatif qu'elle avait apporté, assurant que si les soldats américains s'en allaient, le sang coulerait dans les rues comme la rivière Arghandab au moment du dégel. Mais l'imprévisibilité de ces incidents, leur aspect arbitraire, leur donnaient une capacité démesurée à déstabiliser les esprits.

Et les gens commençaient à se souvenir du temps des Taliban. Ils parlaient de la possibilité de circuler en auto dans Herat la nuit, libres de peur. Ils évoquaient ce temps où ils pouvaient laisser une liasse de billets enveloppée dans un châle en pleine rue, pendant qu'ils allaient acheter ailleurs des melons. Ils commençaient à évoquer avec nostalgie la paix des Taliban.

Ainsi, l'image un peu effacée des anciens Taliban commençait à se reconstituer, dans la tête des gens, comme une alternative. Pas attractive, certes, mais comme n'étant pas totalement hostile aux intérêts des gens non plus. Rien d'idéologique n'entrait dans le raisonnement. Leur pensée était pratique, et ils se souvenaient qu'ils avaient tiré des avantages pratiques de la loi des Taliban."

mercredi 3 septembre 2008

Avenir de l'action extérieure : un inquiétant discours

A l'occasion de la réunion annuelle des ambassadeurs, Bernard Kouchner vient d'exposer les changements qu'il va apporter à l'organisation et aux méthodes de son ministère.

Pour le traitement des "enjeux mondiaux", une nouvelle direction générale va être créée, pour l'essentiel par récupération des moyens de la direction générale de la coopération et du développement et de la direction économique. Jusque là rien à dire.

Cette nouvelle direction générale sera elle-même, selon le ministre, organisée en quatre pôles. C'est là que les choses pourraient se gâter.

Le premier pôle chargé de la "politique d'attractivité" devra mobiliser nos atouts en matière de recherche, de technologie, d'enseignement supérieur, d'expertise technique. Il assurera la tutelle d'un opérateur extérieur au ministère, regroupant une série d'organismes existants qui assurent d'une part l'accueil des étudiants et des stagiaires en France, d'autre part l'envoi à l'étranger de nos missionnaires et coopérants techniques. Ce regroupement d’opérateurs, en raison de l’hétérogénéité de leurs activités, n'apportera probablement pas la valeur ajoutée espérée : tout juste un échelon bureaucratique supplémentaire. Mais il y a plus sérieux.

"La diversité culturelle et linguistique" sera traitée dans le second pôle, qui assurera la tutelle d'une ou plusieurs nouvelles agences à créer. Si l'on en crée plusieurs, elles perdront vite, au rythme des réductions de crédits qui s'annoncent (-20% en 2009 pour notre action culturelle) toute visibilité. Privé de la coopération scientifique et technique (situé apparemment dans le premier pôle), ce second pôle traitera, quoi qu'en dise le ministre, de la culture au sens étroit du terme : diffusion de la langue française, création littéraire et artistique.

L'environnement, l'énergie et les ressources naturelles, la santé et l'éducation seront traités dans le troisième pôle, l'économie mondiale et les stratégies de développement dans le quatrième. Et là on a du mal à comprendre. Comment travailler sur la santé et l'éducation dans un pôle, sur le développement dans l'autre? D'autant que l'éducation relève tout aussi bien du deuxième pôle (coopération linguistique) sans oublier le premier (coopération universitaire). Comprenne, et surtout agisse, qui pourra...

Que devient dans cette affaire le réseau de nos services, centres et instituts culturels à l'étranger? Dans chaque pays, ces entités seront regroupées dans un"espace France". C'est une bonne (et ancienne) idée. Mais de qui dépendront-ils? Si les hommes restent attachés au ministère des affaires étrangères comme on croit le comprendre, et si les moyens d'agir sont donnés aux agences à créer, l'on va instaurer d'une part un réseau extérieur sans moyens, de l'autre des agences sans réseau extérieur. Bonjour les querelles de bureaux et de personnes, bonjour les dégâts.

Deux autres soucis.

Bernard Kouchner annonce la création d'une direction de la prospective associant à son travail "les meilleurs représentants de l'université, des think tanks et de la société civile". Fort bien. Mais un peu ingénument, il annonce aussi que cette direction sera "le correspondant des services français dédiés au renseignement, pour ce qui concerne leurs activités d'analyse". Il y a lieu de craindre que nos chercheurs et universitaires n’accepteront pas d'être ainsi instrumentalisés.

Dernière inquiétude : l'annonce, au nom de la citoyenneté européenne, "d'un plan de transformation profonde de notre réseau consulaire européen". Déjà, indique le ministre, la suppression de consulats en Espagne et en Italie "a été saluée par le président de la Commission européenne comme un geste profondément européen". Et Bernard Kouchner insiste : " Il faudrait le faire partout. Nous allons le faire partout." Là, l'on pourrait en arriver danser plus vite que la musique. Tant que nous n'aurons pas d'état civil européen, tant qu'un fonctionnaire allemand ou grec ne pourra pas délivrer un passeport à un Français, tant qu'il faudra porter secours à un compatriote âgé ou malade en Ecosse ou en Irlande du Nord, nous aurons besoin de consulats, et de vrais consulats, pas de ces consulats dits "d'influence", fantômes de consulats, qui n'aident plus personne et qui d'ailleurs, privés de tous moyens, n'influencent plus personne.

jeudi 14 août 2008

A propos des Jeux de Pékin

Je commente rarement l'actualité à chaud, laissant cela aux professionnels. Mais je ne résiste pas au besoin d'exprimer mon effarement devant la façon totalement franco-centrée dont la télévision et la radio rendent compte depuis déjà près d'une semaine du déroulement des Jeux olympiques.

Nous n'ignorons rien des joies ou des déceptions, c'est selon, qui accompagnent chaque médaille passée à portée de nos athlètes. Les commentaires pleuvent et se répètent sur toute discipline, si modeste soit-elle, où nous avons brillé, ou même failli brillé. Rien ne nous est épargné des tourments de Laure Manaudou, encouragée en direct, devant la France entière, par notre ministre de la jeunesse et de sports.

Mais à côté de tout cela, qu'avons-nous vu des superbes exploits d'autres athlètes, chinois, américains, sud-coréens? sans parler des Allemands, Italiens et autres, en somme des autres Européens? ou encore de nos amis francophones? nous en apercevons effet quelques-uns lorsque les uns ou les autres affrontent l'un de nos sportifs nationaux. Mais en dehors de cela, rien : pas une image, et presque pas un mot.

Comment osons-nous à ce spectacle nous présenter comme les héritiers de Pierre de Coubertin? Où est dans tout cela l'esprit du sport, où est l'effort d'éducation du public en faveur de l'idéal olympique? en descendant d'un cran, où est le minimum de complicité francophone? et comment croire, à la façon dont nous ignorons les meilleurs athlètes de notre continent, que nous présidons en ce moment l'Union européenne?

mardi 12 août 2008

Retour sur la réforme constitutionnelle

Loin de la Géorgie, loin des sujets brûlants du jour, un petit retour à tête reposée sur la réforme constitutionnelle.

Les commentateurs de cette réforme ont célébré l'apparition dans notre paysage politique du référendum d'initiative populaire. La lecture du texte adopté par le Congrès de Versailles révèle un dispositif beaucoup plus ambigu, qui laisse au Parlement, s'il le souhaite, le dernier mot en la matière.

Selon les nouvelles dispositions de l'article 11, l'initiative appartient d'abord aux parlementaires eux-mêmes. Il en faudra un cinquième, soit 184 députés ou sénateurs, pour déclencher la procédure. Il faudra ensuite que cette initiative soit soutenue par un dixième des électeurs, soit environ 4,5 millions de personnes.

Que se passera-t-il une fois cette immensité de signatures récoltée? Malgré toute l'énergie ainsi dépensée, le référendum n'est pas encore de droit. Il n'interviendra en effet que si le Parlement n'examine pas le texte dans un délai donné. C'est alors seulement que le président de la République aura à le soumettre au suffrage populaire.

On l'a donc compris, le Parlement peut rejeter le texte en question, qu'il examine comme une proposition de loi ordinaire. Il peut d'ailleurs aussi l'amender à sa guise. L'on voit que tout ceci demeure très contrôlé. La majorité parlementaire, et à travers elle le gouvernement et le président de la République disposent de tous les leviers utiles pour ne pas se laisser déborder. Ils veilleront, s'il le faut, à ce que la montagne des millions de signatures recueillies n'accouche que d'une souris, voire de rien du tout.

L'on est néanmoins tenté de saisir l'occasion pour remettre sur l'ouvrage les trois évolutions majeures de la vie politique que la récente réforme constitutionnelle a écartées (d'où la légitime colère du parti socialiste, quel que soit le jugement que l'on puisse porter sur l'opportunité de son vote négatif). Il s'agit du non-cumul des mandats, du blocage du mode d'élection des sénateurs (garantissant à la droite de toujours contrôler la chambre haute), enfin de l'introduction de la proportionnelle pour l'élection des députés.

Voilà un intéressant chantier offert au Parti socialiste pour démontrer qu'il n'a pas désarmé et qu'il est capable de mobiliser en faveur d'une réforme, d'une vraie réforme, de nos institutions. Au moins sur le thème du non cumul d'un mandat de parlementaire avec un autre mandat, et sur celui de la proportionnelle, il devrait être rejoint par de nombreux Français très au-delà de son électorat et du clivage droite-gauche.

Il serait donc intéressant de voir arriver une proposition de loi sur ces trois sujets, portée par des millions d'électeurs, et de voir aussi comment la majorité, le gouvernement, le président de la Républiques réagiraient: oseraient- ils bloquer une telle demande? une chance s'offrirait peut-être alors de réintroduire par la fenêtre les réformes essentielles pour l'évolution de notre vie politique au nez desquelles la droite vient de claquer la porte.

dimanche 3 août 2008

Un Tintin suisse à la découverte de la Chinafrique

Serge Michel est le journaliste suisse à qui nous devons l'inoubliable "Bondy Blog"(Seuil, 2006). Après l'embrasement des banlieues provoqué en 2005 par le ministre de l'intérieur que nous savons, il s'était fait envoyer par son magazine "l'Hebdo" de Lausanne à Bondy (93), y avait loué un appartement, y avait séjourné plusieurs semaines, puis organisé une noria d'autres journalistes du même magazine pour décrire au jour le jour, comme des correspondants en terre lontaine, le monde étrange (mais aussi familier) qui l'entourait : monde inconnu des Français, à commencer par la presse française. Serge Michel racontait alors comment ses amis journalistes parisiens lui avouaient n'avoir jamais pensé à franchir le Périphérique pour aller explorer les terres inconnues qui se trouvaient au-delà.

Le voilà maintenant installé à Dakar. Il n'a rien perdu de sa curiosité et vient de publier avec Michel Beuret, chez Grasset, un livre sur Pékin à la conquête du continent noir : "la Chinafrique". A lire absolument par ceux qui s'intéressent à cette autre banlieue, proche puis grande banlieue, qu'est l'Outre-Méditerranée. Les deux auteurs, s'aidant du photographe Paolo Woods, ont circulé dans une douzaine de pays de la région, allant de l'Algérie à l'Angola. Ils en ramènent un étonnant tableau de la pénétration chinoise, de son ampleur, de ses multiples formes, de ses méthodes qui la font souvent réussir là où tant d'autres se sont découragés (pas toujours quand même, à lire l'abandon, du jour au lendemain, de la reconstruction d'une ligne de chemin de fer en Angola).

Et nos auteurs sont aussi allés en Chine. Ils se sont rendus à Yiwu, ville parfaitement inconnue de la province du Zhejiang, où se trouve le plus grand marché de pacotille en gros du monde, qui inonde de jouets, de plastiques, de copies en tous genre la terre entière : 34.000 boutiques, 320.000 produits référencés, 3.400 tonnes de fret quotidien. Ils sont allés à Chongqing, en Chine centrale, la plus grande ville de la planète, avec 31 millions d'habitants, par où transitent beaucoup de ces paysans et ouvriers qui vont tenter leur chance dans ce nouveau Far West qu'est pour eux l'Afrique.

Ils ont aussi assisté au sommet Chine-Afrique de Pékin, en 2006, réunissant autour du Président Hu Jintao une litanie de 48 dirigeants africains venus rendre hommage à l'Empereur, un empereur qui les arrose de bienfaits, et en a annoncé de plus grands encore.

Est-ce à dire que l'Afrique va devenir chinoise, mieux et plus profondément qu'elle n'a été anglaise ou française? Un échec n'est pas exclu, estiment nos auteurs. Mais il s'agit encore de politique fiction. Serge Michel et Michel Beuret concluent ainsi : "Pour nous qui avons parcouru l'Afrique chinoise en tous sens, le seul véritable échec de la Chine, s'il faut en voir un, c'est peut-être qu'elle se banalise en Afrique après avoir incarné le partenaire providentiel et fraternel, capable de tous les miracles. A certains égards, elle commence à ressembler aux autres acteurs, avec ses cohortes de gardes de sécurité, ses chantiers qui s'enlisent, ses scandales de corruption et quoi qu'elle en dise, son mépris, parfois, pour la population locale."

"Pour le reste, la Chine a pris les besoins africains à bras-le-corps et posé enfin les bases d'un développement avec des dizaines de projets d'infrastructures sans lesquels rien ne se fera jamais, en particulier les voies de communication et la production d'électricité. Petit à petit, le message passe que l'Afrique n'est pas condamnée à la stagnation. La Chine n'est pas désintéressée, bien sûr, et personne ne prête plus attention à son discours sur l'amitié, mais les efforts qu'elle déploie pour atteindre ses objectifs offrent à l'Afrique un avenir inconcevable il y a seulement dix ans..."

"...Du coup, la balle est dans le camp des dirigeants africains. Ils ont désormais les moyens de leurs ambitions : jamais un bailleur de fonds n'avait avancé des sommes pareilles, sans condition, sans tutelle. Seront-ils à la hauteur, pour utiliser ces fonds plutôt que pour doubler la taille de leur parc immobilier en France? A Pékin, lorsque le président chinois Hu Jintao a prononcé les montants exorbitants qu'il s'apprêtait à mettre à disposition de l'Afrique, quelqu'un à côté de nous a murmuré : "à présent, il va falloir que nos chefs se montrent sages, très sages."

samedi 26 juillet 2008

SMS, prolifération et glissements progressifs vers le pire

"Quand je lis la presse, je tombe parfois sur des aberrations. Prenez cette affaire du SMS, c'est quand même extraordinaire. La personne qui prétend avoir ce SMS, on ne lui demande pas d'en apporter la preuve, et à moi on me demande de prouver que je ne l'ai pas envoyé. Cherchez l'erreur..." (Nicolas Sarkozy, le Point, 3 juillet 2008).

Cette erreur est bien connue en droit, en rhétorique et en logique. C'est le renversement indû de la charge de la preuve. La charge de la preuve incombe, sauf exception, à l'accusateur, et non à l'accusé ou au défendeur. A plus forte raison lorsqu'il s'agit de prouver l'inexistence de quelque chose, ce qui est la chose la plus difficile qui soit : par exemple, l'inexistence d'un SMS, ou encore l'inexistence du monstre du Loch Ness.

On se souvient de Rumsfeld en 2002, parlant de Saddam : "il est étonnant que certains veuillent nous faire assumer la charge de la preuve. Cette charge lui revient, c'est à lui de prouver qu'il a désarmé, qu'il ne pose plus de danger pour la paix et la sécurité".

Et aussi de Colin Powell devant le Conseil de sécurité : "le Conseil a placé sur l'Irak la charge de prouver qu'il obéit et désarme. Ce n'est pas aux inspecteurs de trouver ce que l'Irak s'est employé si longtemps à dissimuler. Les inspecteurs sont des inspecteurs, ce ne sont pas des détectives."

Le même raisonnement s'applique depuis quelques années à l'Iran. Après Américains et Britanniques, Angela Merkel, en 2007, déclarait ainsi devant l'Assemblée générale des Nations Unies :"le monde n'a pas à prouver à l'Iran que l'Iran est en train de fabriquer une bombe atomique. L'Iran doit convaincre le monde qu'il ne veut pas la bombe."

Quant à la Maison Blanche sa conviction reste entière. Il y a quelques jours encore, sa porte-parole, interrogée sur l'appartenance de la Corée du Nord et de l'Iran à "l'axe du mal" répondait :"Tant que ces pays n'auront pas abandonné leurs programmes nucléaires militaires de façon complète et vérifiable, je pense que nous les maintiendrons dans la même catégorie." Et le Sénateur Obama, de passage à Paris, n'est pas de reste :"l'Iran doit abandonner son programme militaire nucléaire."

Voici enfin Nicolas Sarkozy au début du mois, lors de sa conférence de presse commune avec Bachar el Assad, oubliant sans doute la mésaventure du SMS :"Le président Bachar Al Assad s'en tient à la déclaration des autorités iraniennes sur le fait qu'ils n'ont pas la volonté d'accéder à cette arme... Alors, nous demandons à la Syrie de convaincre l'Iran d'en apporter les preuves, pas les intentions, mais les preuves."

Mais n'a-t-on pas parfois le droit de transférer la charge de la preuve? Oui, selon la jurisprudence et la doctrine, lorsque l'accusation dispose déjà de fortes présomptions. Compte tenu de leur comportement passé et des graves soupçons qu'il avait fait naître, il était peut-être légitime de demander cela à l'Irak, et de le demander aujourd'hui à l'Iran.

Mais, sur ce premier glissement, surgit la question subsidiaire bien connue des logiciens et des juristes : où fixer le niveau des preuves demandées, et le délai acceptable pour les fournir? pour prouver l'inexistence du monstre du Loch Ness, suffit-il de démontrer la fragilité des témoignages de son existence, ou faut-il assécher le lac, et en combien de temps? C'est en plaçant volontairement la barre très haut, on s'en souvient, que les Américains se sont ouvert la voie de l'Irak.

Qu'en est-il de l'Iran? les déclarations de l'Agence internationale de l'énergie atomique selon lesquelles ses inspecteurs n'ont pas détecté à ce jour de détournement à des fins militaires de ses activités nucléaires n'ont pas effacé les préventions de l'Occident. Car, compte tenu de plusieurs zones d'ombre, l'Agence souligne en même temps qu'"elle n'est pas encore en position de déterminer la nature complète du programme nucléaire iranien". Et puis, pour en avoir le coeur net, il faudrait pouvoir passer au peigne fin un pays grand comme cinq fois la France. Seul un aveu de l'Iran permettrait, à vrai dire, de s'en sortir. Mais cet aveu ne veut pas venir.

Alors, faute d'y voir clair sur le passé et le présent, l'on cherche au moins des garanties pour l'avenir. C'est un autre glissement. L'Iran doit s'engager, non seulement à ne pas se doter de la bombe, ce qui est en effet la moindre des choses, mais à ne pas détenir les moyens qui lui permettraient de l'acquérir. On lui demande donc de renoncer à la technologie de la centrifugation, qui peut en effet déboucher sur l'acquisition d'uranium hautement enrichi, à capacité explosive.

Mais l'Iran considère qu'il serait alors entraîné très au-delà des obligations du Traité de non-prolifération, les seules qu'il se reconnaisse. Et donc il se rebiffe. Les pressions multiples exercées sur lui depuis maintenant cinq ans paraissent inopérantes. D'où l'ultime glissement, qui est la tentation de faire justice soi-même, de trancher le noeud gordien en détruisant les installations nucléaires iraniennes. Mais comment détruire des installations clandestines, que par définition l'on ne connaît pas? Il faudra donc se rabattre sur les installations régulièrement déclarées auprès de l'Agence internationale de l'énergie atomique, et où aucune infraction n'a été relevée par ses inspecteurs. Cette éventualité n'est pas en cet instant sur le devant de la scène, mais peut à tout moment y revenir. Et voilà comment – pressions d'un côté, dérobades de l'autre –, l'on en vient des deux côtés à "se préparer au pire"...