"La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production, ce qui veut dire les rapports de production, c'est-à-dire l'ensemble des rapports sociaux...
Ce bouleversement continuel de la production, ce constant ébranlement de tout le système social, cette agitation et cette insécurité perpétuelles distinguent l'époque bourgeoise de toutes les précédentes...
Par l'exploitation du marché mondial, la bourgeoisie donne un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. Au grand désespoir des réactionnaires, elle a enlevé à l'industrie sa base nationale. Les vieilles industries nationales ont été détruites et le sont encore chaque jour. Elles sont supplantées par de nouvelles industries, dont l'adoption devient une question de vie ou de mort pour toutes les nations civilisées, industries qui n'emploient plus des matières premières indigènes, mais des matières premières venues des régions les plus lointaines, et dont les produits se consomment non seulement dans le pays même, mais dans toutes les parties du globe.
A la place des anciens besoins, satisfaits par les produits nationaux, naissent des besoins nouveaux, réclamant pour leur satisfaction les produits des contrées et des climats les plus lointains. A la place de l'ancien isolement des provinces et des nations se suffisant à elles-mêmes, se développent des relations universelles, une interdépendance universelle des nations."
Sacré Marx (et sacré Engels)! pas mal vu quand même, quand on pense que que ceci figure dans le Manifeste du Parti communiste, paru en 1847. On comprend que ces derniers jours à la Foire du livre de Francfort, das Kapital ait figuré parmi les best-sellers.
D'autres passages ont évidemment moins bien vieilli. Marx et Engels d'ailleurs l'ont reconnu eux-mêmes dans leurs préfaces successives au Manifeste, mais en s'interdisant de retoucher un texte enchâssé dans un moment précis de l'histoire européenne. Marx, à la fin de sa vie, percevait bien la montée en Angleterre et en Europe d'une classe moyenne issue de la classe ouvrière. Celle-ci, au fur et à mesure de ses conquêtes sociales, pénétrait donc la bourgeoisie, comme la bourgeoisie avait auparavant investi la noblesse. Bien loin de voir se constituer une immense classe ouvrière indistincte face à une poignée de grands patrons de l'industrie, du commerce et de la finance, l'expansion et la consolidation de cette classe moyenne allait devenir, est sans doute aujourd'hui plus que jamais, l'enjeu central des mouvements politiques, et peut-être même de la marche de l'Histoire.
La fin de l'Histoire passerait alors par l'universalisation de la classe moyenne, et donc par la disparition de toutes les autres classes : non qu'il n'existerait plus de grandes entreprises, et donc de "grands patrons", mais ces grands patrons, loin de s'instituer en classe autonome d'oligarques, seraient issus de la classe moyenne, et amenés, par eux-mêmes ou par leur descendance, à y revenir. Non qu'il n'existerait plus de monde ouvrier ou de pauvres exploités, mais les membres de ce monde auraient le sentiment, appuyé sur la réalité, de pouvoir, soit en cohortes, par leur action collective, soit individuellement,du moins par leurs enfants, emprunter tôt ou tard "l'ascenseur social" les élevant à la classe moyenne.
Une préfiguration de tout ceci a été vécu, au fond, en France et en Europe pendant "les Trente glorieuses". Les grands managers avaient alors pour modèles Pierre Lefaucheux ou Louis Armand, et ne se vivaient pas encore en oligarques. Les ouvriers de Renault -qui s'en souvient encore?- glissaient leur casse-croûte dans des attaché cases. Avant, l'entre-deux-guerres avait vu, en sens inverse, fondre et se reprolétariser la classe moyenne : d'où la montée du fascisme et du nazisme.
Roosevelt, au contraire, avait travaillé à la reconstitution de la classe moyenne, comme l'avaient fait aussi, repartant à zéro, les gouvernements allemands de l'après-guerre. Mais récemment, avec la levée de tous les freins à la loi du marché, l'on a vu se profiler une nouvelle oligarchie, et la précarité s'étendre à nouveau aux classes moyennes. Celles-ci ont vu alors s'accentuer une tendance toujours présente à se fracturer entre une upper middle class composée majoritairement d'héritiers, aspirant à rejoindre les oligarques, et une lower middle class frôlant dangereusement la rechute dans le prolétariat : autant de phénomènes régressifs, aux conséquences encore imprévisibles, tant aux Etats-Unis qu'en Europe.
Dans cette vision des choses, le rôle de la Gauche serait alors d'oeuvrer à l'alliance du monde pauvre et de la classe moyenne en vue de pousser d'une part à la dissolution progressive du premier dans la seconde, d'autre part à l'expansion et à la cohésion croissantes de cette dernière. Cela a été le pacte implicite qui a permis la victoire du Parti socialiste de François Mitterrand. Le délitement rapide de ce pacte a marqué la fin de l'expérience. Ce sont les conditions d'un tel pacte qu'il faudrait aujourd'hui restaurer.
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mardi 28 octobre 2008
samedi 18 août 2007
Comment peut-on être (ou ne pas être) marxiste?
Cher Jean-Christophe,
j'écrivais dans un récent message ("à propos d'un article de Jacques Julliard", 6 août) : "Oserai-je dire qu'il n'est pas non plus interdit d'aller puiser à une autre source du socialisme, la pensée de Marx, pas sa pensée ossifiée dans le marxisme-léninisme, mais la pensée du Marx qui disait déjà "je ne suis pas marxiste"?..."
Tu réagis en disant "le léninisme ossifié?"..."socialiste et marxiste, ce n'est pas compatible ?" Tes questions appellent réponse.
Oui, je persiste à croire que la pensée de Marx a été déformée, simplifiée et instrumentalisée par le marxisme-léninisme. Instrumentalisée au profit d'une stratégie de conquête du pouvoir beaucoup plus "blanquiste", au fond, que "marxiste". Blanqui était ce socialiste révolutionnaire français du XIXème siècle, ayant passé une bonne partie de sa vie en prison, qui croyait à la possibilité de prendre le pouvoir et d'instaurer une société socialiste grâce à un coup d'Etat fomenté par des "minorités agissantes", organisées en réseaux de conspirateurs. C'est à peu près ce qu'on fait les Bolcheviks en 1917.
Marx voyait l'avènement du socialisme comme le résultat final de l'évolution des sociétés capitalistes. Lénine a cru y arriver par une sorte de raccourci historique. La Russie était encore une société très traditionnelle, à un stade primitif du capitalisme. On sait ce qu'il en est advenu : le stalinisme, c'est-à-dire une forme modernisée du despotisme asiatique séculaire déjà décrit par Montesquieu, Hegel... et Marx lui-même.
Quand Marx disait qu'il n'était pas marxiste, c'était pour protester contre la simplification et l'instrumentalisation de sa pensée. Déjà de son vivant, l'on commençait de faire de Marx un nouveau Messie, et du marxisme un nouveau catéchisme.
Quand il disait qu'il existait des "évolutions révolutionnaires", c'est qu'il constatait déjà à son époque les progrès -baisse du temps de travail, élévation du niveau de vie et d'éducation- générés par la technique, l'expansion coloniale, mais aussi l'évolution des esprits et des législations sous la pression politique et syndicale. Il devait estimer à la fin de sa vie que l'Angleterre, berceau de la révolution industrielle, serait le premier pays à arriver au socialisme par ce type "d'évolution révolutionnaire".
Alors peut-on être socialiste sans être marxiste? ce débat doit paraître très dépassé à beaucoup de nos lecteurs. A-t-il encore du sens alors qu'il s'agit de construire le socialisme du XXIème siècle? Pourtant, comme le disait Jaurès," c'est en allant à la mer que le fleuve est fidèle à sa source". En d'autres termes, effacer notre passé nous ferait perdre de précieux repères pour entrer dans l'avenir. La démarche de Marx, comme volonté de comprendre les forces souterraines à l'oeuvre dans les phénomènes politiques, économiques et sociaux, et de les orienter au bénéfice de tous, peut et doit rester pour nous une source d'inspiration.
Cela amène une autre question, qui est de savoir si de telles forces peuvent effectivement être maîtrisées et canalisées par quelques-uns. Marx, pour sa part, ne l'a jamais pensé. S'en croire capable, c'est déjà sans doute faire preuve d'un orgueuil prométhéen. C'est aller vers les catastrophes du stalinisme et du maoïsme. Mais alors que pouvons-nous faire? ce sera, si tu le veux bien, l'objet de prochains articles.
j'écrivais dans un récent message ("à propos d'un article de Jacques Julliard", 6 août) : "Oserai-je dire qu'il n'est pas non plus interdit d'aller puiser à une autre source du socialisme, la pensée de Marx, pas sa pensée ossifiée dans le marxisme-léninisme, mais la pensée du Marx qui disait déjà "je ne suis pas marxiste"?..."
Tu réagis en disant "le léninisme ossifié?"..."socialiste et marxiste, ce n'est pas compatible ?" Tes questions appellent réponse.
Oui, je persiste à croire que la pensée de Marx a été déformée, simplifiée et instrumentalisée par le marxisme-léninisme. Instrumentalisée au profit d'une stratégie de conquête du pouvoir beaucoup plus "blanquiste", au fond, que "marxiste". Blanqui était ce socialiste révolutionnaire français du XIXème siècle, ayant passé une bonne partie de sa vie en prison, qui croyait à la possibilité de prendre le pouvoir et d'instaurer une société socialiste grâce à un coup d'Etat fomenté par des "minorités agissantes", organisées en réseaux de conspirateurs. C'est à peu près ce qu'on fait les Bolcheviks en 1917.
Marx voyait l'avènement du socialisme comme le résultat final de l'évolution des sociétés capitalistes. Lénine a cru y arriver par une sorte de raccourci historique. La Russie était encore une société très traditionnelle, à un stade primitif du capitalisme. On sait ce qu'il en est advenu : le stalinisme, c'est-à-dire une forme modernisée du despotisme asiatique séculaire déjà décrit par Montesquieu, Hegel... et Marx lui-même.
Quand Marx disait qu'il n'était pas marxiste, c'était pour protester contre la simplification et l'instrumentalisation de sa pensée. Déjà de son vivant, l'on commençait de faire de Marx un nouveau Messie, et du marxisme un nouveau catéchisme.
Quand il disait qu'il existait des "évolutions révolutionnaires", c'est qu'il constatait déjà à son époque les progrès -baisse du temps de travail, élévation du niveau de vie et d'éducation- générés par la technique, l'expansion coloniale, mais aussi l'évolution des esprits et des législations sous la pression politique et syndicale. Il devait estimer à la fin de sa vie que l'Angleterre, berceau de la révolution industrielle, serait le premier pays à arriver au socialisme par ce type "d'évolution révolutionnaire".
Alors peut-on être socialiste sans être marxiste? ce débat doit paraître très dépassé à beaucoup de nos lecteurs. A-t-il encore du sens alors qu'il s'agit de construire le socialisme du XXIème siècle? Pourtant, comme le disait Jaurès," c'est en allant à la mer que le fleuve est fidèle à sa source". En d'autres termes, effacer notre passé nous ferait perdre de précieux repères pour entrer dans l'avenir. La démarche de Marx, comme volonté de comprendre les forces souterraines à l'oeuvre dans les phénomènes politiques, économiques et sociaux, et de les orienter au bénéfice de tous, peut et doit rester pour nous une source d'inspiration.
Cela amène une autre question, qui est de savoir si de telles forces peuvent effectivement être maîtrisées et canalisées par quelques-uns. Marx, pour sa part, ne l'a jamais pensé. S'en croire capable, c'est déjà sans doute faire preuve d'un orgueuil prométhéen. C'est aller vers les catastrophes du stalinisme et du maoïsme. Mais alors que pouvons-nous faire? ce sera, si tu le veux bien, l'objet de prochains articles.
lundi 6 août 2007
A propos d'un article de Jacques Julliard
Je m'étais promis de ne pas aborder de sujets trop sérieux en ce creux des vacances, mais je souhaite appeler sans tarder l'attention sur l'article de Jacques Julliard dans le Nouvel Observateur de cette semaine (numéro du 2 août, pages 22 à 24): "Socialistes, croyez-vous encore à vos mythes?"
Que dit-il en substance? La France s'oriente inexorablement vers le bi-partisme. L'unité de la droite vient d'être réalisée par Nicolas Sarkozy, notamment par la récupération de l'électorat lepéniste. le Parti Socialiste, malgré sa défaite, est en situation de réaliser cette même unité à gauche. Malgré toutes ses erreurs, ses électeurs ne l'ont pas lâché. C'est le seul parti de gauche à ne s'être pas effondré, et même à avoir augmenté le nombre de ses députés.
Mais pour y parvenir, ses dirigeants doivent absolument modifier leur comportement (seule Ségolène, malgré ses gros défauts, "parlait vrai"), et bien entendu, modifier leur discours. Je cite Julliard : "quand l'Etat-providence est en crise, on ne peut se contenter de crier "vive l'Etat-providence"! Il faut repenser l'ensemble de la philosophie du socialisme, inventer un socialisme de marché pour faire face à la paupérisation d'une partie de la population, au défi de la mondialisation et à l'ardente obligation d'une économie du savoir".
En somme, selon Julliard, et je suis prêt à le croire, le Parti Socialiste se trouve à l'aube d'une refondation qu'il lui faut absolument réussir.
Comment? c'est là que je me permets d'introduire mes idées, qui sont aussi les idées de bien d'autres. En effet, comme vous allez le voir, elles vont puiser loin, aux deux sources du socialisme français: Blum et Jaurès.
Le Parti Socialiste doit retrouver sa vocation à être le fédérateur de toutes les familles de la Gauche, excepté quelques extrêmes irrécupérables. Pas facile, car elles sont de sensibilités contradictoires.
Léon Blum, dès le congrès de Tours, en 1921, ne disait rien d'autre en rappelant, avec les mots de son temps, que le Parti socialiste, "Parti de la classe ouvrière", avait le devoir de représenter toute la classe ouvrière, avec ses contradictions, et tous ses intérêts divers.
Or notre électorat naturel, l'équivalent de la "classe ouvrière" du XIXème et de la première partie du XXème siècle, c'est le monde des salariés, du public et du privé, et aussi celui des petits et moyens entrepreneurs dont le sort n'est souvent pas plus enviable que celui des salariés. C'est le monde qui tire l'essentiel de ses revenus de sa force de travail et d'intelligence, parfois de la combinaison d'un peu de capital et de beaucoup de travail et d'intelligence, mais jamais de l'inverse.
C'est cet électorat que nous devons convaincre de sa profonde solidarité, malgré des intérêts immédiats parfois contradictoires, face à la concentration accélérée des toutes les formes de pouvoir par les forces de l'argent, face à leur intrusion croissante dans le contrôle des Etats, et dans le contrôle des esprits, par la conquête des médias et de la presse, par la conquête des réseaux de communication planétaires. Je vous renvoie ici à mon article du 26 juillet.
En second lieu le Parti socialiste doit être capable de réconcilier les aspirations réformatrices et les aspirations révolutionnaires qui l'ont parcouru tout au long de son histoire. Car ce n'est pas en reniant le passé qu'on peut progresser vers l'avenir.
Ici c'est Jaurès, qui, dès 1908, au congrès de Toulouse, nous apporte les éléments de la réponse dans un lumineux discours qui, en ses fondements, n'a pas pris une ride. Nous sommes à l'époque d'un tout nouveau et encore fragile parti socialiste unifié, la SFIO. voici la phrase-clé de ce discours:
"Nous disons que dans un Parti vraiment et profondément socialiste, l’esprit révolutionnaire réel est en proportion de l’action réformatrice efficace et que l’action réformatrice efficace est en proportion de la vigueur même de la pensée et de l’esprit révolutionnaires."
Voilà ce qui à l'heure d'un nouveau départ doit nous inspirer pour inventer de nouvelles façons d'être et d'agir. Oserai-je dire qu'il n'est pas non plus interdit d'aller puiser à une autre source du socialisme, la pensée de Marx, pas sa pensée ossifiée dans le marxisme-léninisme et le stalinisme, mais la pensée du Marx qui disait déjà "je ne suis pas marxiste", du Marx qui réfléchissait aux formes d'une "évolution révolutionnaire"?
Je m'arrête là pour le moment, mais il va de soi que nous reviendrons sur ces sujets. En attendant, que ceux qui souhaitent se procurer le texte intégral du discours de Jaurès m'adressent un message à l'adresse suivante: nicoullaud@aol.com. Je me ferai un plaisir de le leur adresser en format pdf.
Que dit-il en substance? La France s'oriente inexorablement vers le bi-partisme. L'unité de la droite vient d'être réalisée par Nicolas Sarkozy, notamment par la récupération de l'électorat lepéniste. le Parti Socialiste, malgré sa défaite, est en situation de réaliser cette même unité à gauche. Malgré toutes ses erreurs, ses électeurs ne l'ont pas lâché. C'est le seul parti de gauche à ne s'être pas effondré, et même à avoir augmenté le nombre de ses députés.
Mais pour y parvenir, ses dirigeants doivent absolument modifier leur comportement (seule Ségolène, malgré ses gros défauts, "parlait vrai"), et bien entendu, modifier leur discours. Je cite Julliard : "quand l'Etat-providence est en crise, on ne peut se contenter de crier "vive l'Etat-providence"! Il faut repenser l'ensemble de la philosophie du socialisme, inventer un socialisme de marché pour faire face à la paupérisation d'une partie de la population, au défi de la mondialisation et à l'ardente obligation d'une économie du savoir".
En somme, selon Julliard, et je suis prêt à le croire, le Parti Socialiste se trouve à l'aube d'une refondation qu'il lui faut absolument réussir.
Comment? c'est là que je me permets d'introduire mes idées, qui sont aussi les idées de bien d'autres. En effet, comme vous allez le voir, elles vont puiser loin, aux deux sources du socialisme français: Blum et Jaurès.
Le Parti Socialiste doit retrouver sa vocation à être le fédérateur de toutes les familles de la Gauche, excepté quelques extrêmes irrécupérables. Pas facile, car elles sont de sensibilités contradictoires.
Léon Blum, dès le congrès de Tours, en 1921, ne disait rien d'autre en rappelant, avec les mots de son temps, que le Parti socialiste, "Parti de la classe ouvrière", avait le devoir de représenter toute la classe ouvrière, avec ses contradictions, et tous ses intérêts divers.
Or notre électorat naturel, l'équivalent de la "classe ouvrière" du XIXème et de la première partie du XXème siècle, c'est le monde des salariés, du public et du privé, et aussi celui des petits et moyens entrepreneurs dont le sort n'est souvent pas plus enviable que celui des salariés. C'est le monde qui tire l'essentiel de ses revenus de sa force de travail et d'intelligence, parfois de la combinaison d'un peu de capital et de beaucoup de travail et d'intelligence, mais jamais de l'inverse.
C'est cet électorat que nous devons convaincre de sa profonde solidarité, malgré des intérêts immédiats parfois contradictoires, face à la concentration accélérée des toutes les formes de pouvoir par les forces de l'argent, face à leur intrusion croissante dans le contrôle des Etats, et dans le contrôle des esprits, par la conquête des médias et de la presse, par la conquête des réseaux de communication planétaires. Je vous renvoie ici à mon article du 26 juillet.
En second lieu le Parti socialiste doit être capable de réconcilier les aspirations réformatrices et les aspirations révolutionnaires qui l'ont parcouru tout au long de son histoire. Car ce n'est pas en reniant le passé qu'on peut progresser vers l'avenir.
Ici c'est Jaurès, qui, dès 1908, au congrès de Toulouse, nous apporte les éléments de la réponse dans un lumineux discours qui, en ses fondements, n'a pas pris une ride. Nous sommes à l'époque d'un tout nouveau et encore fragile parti socialiste unifié, la SFIO. voici la phrase-clé de ce discours:
"Nous disons que dans un Parti vraiment et profondément socialiste, l’esprit révolutionnaire réel est en proportion de l’action réformatrice efficace et que l’action réformatrice efficace est en proportion de la vigueur même de la pensée et de l’esprit révolutionnaires."
Voilà ce qui à l'heure d'un nouveau départ doit nous inspirer pour inventer de nouvelles façons d'être et d'agir. Oserai-je dire qu'il n'est pas non plus interdit d'aller puiser à une autre source du socialisme, la pensée de Marx, pas sa pensée ossifiée dans le marxisme-léninisme et le stalinisme, mais la pensée du Marx qui disait déjà "je ne suis pas marxiste", du Marx qui réfléchissait aux formes d'une "évolution révolutionnaire"?
Je m'arrête là pour le moment, mais il va de soi que nous reviendrons sur ces sujets. En attendant, que ceux qui souhaitent se procurer le texte intégral du discours de Jaurès m'adressent un message à l'adresse suivante: nicoullaud@aol.com. Je me ferai un plaisir de le leur adresser en format pdf.
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jeudi 26 juillet 2007
non, Marx n'est pas mort!
Le marxisme-léninisme est mort, le stalinisme est mort (sauf dans son dernier refuge, la Corée du Nord, où il agonise encore). Le fascisme est mort, le national-socialisme est mort. Et on nous explique que le temps des idéologies est fini.
On nous explique que nous sommes parvenus à "la fin de l'Histoire", c'est-à-dire à la fin du temps où les hommes vivaient dans l'illusion qu'ils pourraient, en s'appuyant sur quelques idées simples, en se confiant à quelques-uns, se forger consciemment un avenir collectif, un avenir meilleur.
La leçon de l'échec des vieilles idéologies c'est qu'en effet les sociétés humaines sont beaucoup trop complexes pour pouvoir être conduites par quelques-uns, au nom quelques idées. Aujourd'hui, l'on nous explique que l'exaltation du capitalisme débridé, de la concurrence mondialisée, n'est pas une nouvelle idéologie, simplement une soumission aux lois de la nature.
Oui, bien sûr, au marché, oui à la concurrence, oui à l'initiative et à la libre entreprise. Mais penser que le jeu de ces quelques idées, conduit par quelques uns -les maîtres de la finance, de l'industrie, ou d'internet- puisse à lui seul conduire l'humanité au bonheur, c'est précisément retomber dans les illusions des vieilles idéologies.
Marx est mort, comme sont mortes les idéologies issues de sa pensée. Mais Marx disait: "je ne suis pas marxiste". La pensée de Marx, comme méthode de discernement des forces cachées, mais bien réelles, à l'oeuvre sous les idéologies triomphantes à tel ou tel moment de l'histoire, est elle, plus que jamais, vivante.
Comment ne pas voir que le capitalisme mondialisé conduit à l'émergence d'un prolétariat lui-même mondialisé? où chacun est mis en concurrence avec tout le monde? bien sûr, au moins dans les pays les plus avancés, la grande masse des salariés a atteint un évident bien-être par rapport au prolétariat du XIXème siècle. Sont-ils pour cela moins aliénés? moins soumis aux aléas du marché? moins sensibles au discours venu du fond des âges, et tenu aujourd'hui par tous les dirigeants du monde, de la Chine aux quatre coins d'Europe, qu'en travaillant plus, ils pourront gagner plus, et donc réaliser enfin leurs rêves?
Comment ne pas voir, comme l'avait prédit le vieux Marx, que ce capitalisme mondialisé conduit à la concentration croissante des fortunes, et surtout du pouvoir conféré par la fortune, qu'on la détienne en propre ou qu'on en soit l'intendant fidèle?
Un communiste hongrois désabusé m'avait confié un jour : "au fond, le cynisme était devenu le stade suprême du stalinisme". Avec le cynisme des Jaffré, des Messier, des Forgeard, des grands patrons de la finance et de l'industrie assis sur des salaires inouïs et des montagnes de stock-options, n'est-on pas en train d'atteindre le stade suprême du capitalisme?
On nous explique que nous sommes parvenus à "la fin de l'Histoire", c'est-à-dire à la fin du temps où les hommes vivaient dans l'illusion qu'ils pourraient, en s'appuyant sur quelques idées simples, en se confiant à quelques-uns, se forger consciemment un avenir collectif, un avenir meilleur.
La leçon de l'échec des vieilles idéologies c'est qu'en effet les sociétés humaines sont beaucoup trop complexes pour pouvoir être conduites par quelques-uns, au nom quelques idées. Aujourd'hui, l'on nous explique que l'exaltation du capitalisme débridé, de la concurrence mondialisée, n'est pas une nouvelle idéologie, simplement une soumission aux lois de la nature.
Oui, bien sûr, au marché, oui à la concurrence, oui à l'initiative et à la libre entreprise. Mais penser que le jeu de ces quelques idées, conduit par quelques uns -les maîtres de la finance, de l'industrie, ou d'internet- puisse à lui seul conduire l'humanité au bonheur, c'est précisément retomber dans les illusions des vieilles idéologies.
Marx est mort, comme sont mortes les idéologies issues de sa pensée. Mais Marx disait: "je ne suis pas marxiste". La pensée de Marx, comme méthode de discernement des forces cachées, mais bien réelles, à l'oeuvre sous les idéologies triomphantes à tel ou tel moment de l'histoire, est elle, plus que jamais, vivante.
Comment ne pas voir que le capitalisme mondialisé conduit à l'émergence d'un prolétariat lui-même mondialisé? où chacun est mis en concurrence avec tout le monde? bien sûr, au moins dans les pays les plus avancés, la grande masse des salariés a atteint un évident bien-être par rapport au prolétariat du XIXème siècle. Sont-ils pour cela moins aliénés? moins soumis aux aléas du marché? moins sensibles au discours venu du fond des âges, et tenu aujourd'hui par tous les dirigeants du monde, de la Chine aux quatre coins d'Europe, qu'en travaillant plus, ils pourront gagner plus, et donc réaliser enfin leurs rêves?
Comment ne pas voir, comme l'avait prédit le vieux Marx, que ce capitalisme mondialisé conduit à la concentration croissante des fortunes, et surtout du pouvoir conféré par la fortune, qu'on la détienne en propre ou qu'on en soit l'intendant fidèle?
Un communiste hongrois désabusé m'avait confié un jour : "au fond, le cynisme était devenu le stade suprême du stalinisme". Avec le cynisme des Jaffré, des Messier, des Forgeard, des grands patrons de la finance et de l'industrie assis sur des salaires inouïs et des montagnes de stock-options, n'est-on pas en train d'atteindre le stade suprême du capitalisme?
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