Si tu vois le Margouillat (souvenirs d'Afrique), Pierre Biarnès, l'Harmattan 2007 (300 pages, 25,50 euros)
Seul Pierre Biarnès, 23 ans correspondant du Monde à Dakar, pouvait ainsi raconter l'Afrique, en démontant rigoureusement les circonstances qui ont conduit ici à l'avènement d'un "Empereur", là à celui d'un "Général-Président" chantre de "l'authenticité", et presque partout (Sénégal excepté) à l'installation de tyranneaux cramponnés à leur pouvoir. Mais aussi en extrayant de tous ces enchaînements de drames mêlés de burlesque les sons et les couleurs d'une vie frénétique, avec ses lourds parfums de sexe, d'ordure et de mort.
Sept pays sont ainsi passés en revue, de l'indépendance à nos jours : le Congo ou Zaïre, la Centrafrique, le Tchad, le Gabon, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal. Pierre Biarnès ouvre chaque chapitre par un bloc-note de souvenirs personnels, souvent hilarants, recueillis auprès des acteurs que l'on voit ensuite réapparaître en une seconde partie, proprement (si l'on ose dire) politique. Comme un vieux mâle solitaire errant dans la savane, notre auteur se laisse aussi aller à un ou deux coups de défense aussi inattendus qu'injustifiés, mais ceux qui le connaissent savent qu'on ne le changera pas...
Oubliés ces détails, voilà un livre à lire absolument par ceux qui veulent commencer à comprendre quelque chose à l'Afrique. Et pour ceux qui l'ont déjà vécue, pour retrouver les souvenirs de ce monde "plein de bruit et de fureur", plus vrai, plus fort que toutes les pièces de Shakespeare...
Une enfance provençale, Pierre Biarnès, L'Harmattan 2007 (62 pages, 10 euros)
... et pour faire bon poids, offrez-vous aussi son petit livre de souvenirs d'enfance, une vraie enfance provençale rythmée par les saisons, dans une vraie famille de paysans des années 1930 et 1940, avant l'eau courante et le confort moderne. Un régal, à l'issue duquel, après beaucoup d'histoires de galipettes, l'on voit apparaître la belle figure de Monique, connue à l'âge de deux ans, l'unique et grand amour de sa vie.
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dimanche 5 août 2007
mercredi 1 août 2007
Lectures de vacances : "Dictionnaire égoïste de la littérature française"
Nous voilà entrés dans la torpeur du mois d'août, cette torpeur que seuls les malappris se permettent de perturber, comme Saddam Hussein lors de son invasion du Koweït. Il a fini par le payer cher.
Le rythme des articles va donc se ralentir pour deux ou trois semaines. A moins que l'actualité ne nous bouscule, nous allons pouvoir aborder des sujets plus légers, comme les lectures de vacances.
Si vous aimez lire n'importe comment, par grands ou petits bouts, en ouvrant un livre à n'importe quel endroit, et, bien sûr, si vous aimez les écrivains, leur monde et leurs produits, n'oubliez pas d'acquérir et de placer sur votre table de chevet (ou dans votre sac de plage) ce livre des quatre saisons : le Dictionnaire égoïste de la littérature française de Charles Dantzig (Grasset, 2005).
C'est un livre inépuisable, drôle, profond, fantasque, qui ravive les souvenirs et donne envie de s'en faire d'autres, l'envie de courir vers une librairie commander tel ou tel ouvrage, un peu oublié, ou que l'on a négligé de lire, et dont il paraît tout à coup que la lecture est la chose la plus urgente et la plus importante au monde.
Au hasard, à l'article bibliothèque :"une bibliothèque est l'univers. Enfant, dans les bibliothèques de ma famille, j'étais un explorateur, de plus en plus hardi. On tire un livre, on n'a pas le moindre indice de ce qu'il peut contenir, on ouvre... un monde. toutes les conversations qu'on nous interdit d'écouter à la table des grands sont là. En pire. On s'instruit, ce que ne veulent pas les adultes, qui nous éduquent. Le premier livre que j'ai lu et qui n'était pas de mon âge était un recueil de Verlaine. Avec quelle gloutonnerie, et quel amour..."
au hasard toujours, Daniel et Ludovic Halévy: "quand j'ai lu, dans les Mémoires d'outre-tombe cette phrase sur le critique La Harpe: "un homme qui appartenait à ces hommes supérieurs au second rang dans la société du XVIIIème siècle et qui, formant une arrière-ligne solide dans la société, donnaient à cette société de l'ampleur et de la conscience", j'ai pensé à Daniel Halévy. Halévy, esprit solide, droit et sévère, même s'il n'est pas complètement un écrivain, si un écrivain est quelqu'un qui, à un moment ou à l'autre, déconne... Daniel Halévy a publié le journal de ses rencontres avec Degas, et les cent pages du Degas parle, l'air d'un journal, sont un traité d'esthétique. Il y a là quinze phrases de Degas qui m'ont marqué pour la vie..."
Jean de La Fontaine : "peu d'écrivains parlent un français aussi fin sans que cela se remarque... quand son pas l'ennuie, il en change. Quel danseur! virtuose, mais dissimulant sa virtuosité...La Fontaine, c'est Gene Kelly." (moi, j'aurais écrit "Fred Astaire"...).
Personnages : "les personnages de Balzac sont des épouvantails. Les personnages de Dickens sont des tics. Les personnages de Beaumarchais sont des gifles. Les personnages de Proust sont les pattes ultrasensibles prolongeant le cerveau en poulpe du narrateur. Les personnages de Marivaux sont des papillons. Les personnages de Cocteau sont des ombres chinoises. Les personnages de Simone de Beauvoir sont les poupées d'un ventriloque..."
Et il y en a comme cela presque mille pages!
Beaucoup d'articles portant sur des auteurs se terminent par une citation. Voici celle qui m'a le plus frappé. Elle est de Montesquieu, extraite de ses Pensées (oeuvre posthume) : "la raison pour laquelle les sots réussissent ordinairement dans leurs entreprises, c'est que, ne sachant et ne voyant jamais qu'ils sont importuns, ils ne s'arrêtent jamais."
Cela ne vous rappelle personne? personne en particulier, bien sûr. Pour ma part, j'ai au moins deux noms qui me sont venus aussitôt à l'esprit.
Et comment, en refermant le livre, ne pas songer à la phrase d'Oscar Wilde, qui porte l'hommage le plus haut, le plus vrai à la littérature : "La mort de Lucien de Rubempré est le grand drame de ma vie."?
Le rythme des articles va donc se ralentir pour deux ou trois semaines. A moins que l'actualité ne nous bouscule, nous allons pouvoir aborder des sujets plus légers, comme les lectures de vacances.
Si vous aimez lire n'importe comment, par grands ou petits bouts, en ouvrant un livre à n'importe quel endroit, et, bien sûr, si vous aimez les écrivains, leur monde et leurs produits, n'oubliez pas d'acquérir et de placer sur votre table de chevet (ou dans votre sac de plage) ce livre des quatre saisons : le Dictionnaire égoïste de la littérature française de Charles Dantzig (Grasset, 2005).
C'est un livre inépuisable, drôle, profond, fantasque, qui ravive les souvenirs et donne envie de s'en faire d'autres, l'envie de courir vers une librairie commander tel ou tel ouvrage, un peu oublié, ou que l'on a négligé de lire, et dont il paraît tout à coup que la lecture est la chose la plus urgente et la plus importante au monde.
Au hasard, à l'article bibliothèque :"une bibliothèque est l'univers. Enfant, dans les bibliothèques de ma famille, j'étais un explorateur, de plus en plus hardi. On tire un livre, on n'a pas le moindre indice de ce qu'il peut contenir, on ouvre... un monde. toutes les conversations qu'on nous interdit d'écouter à la table des grands sont là. En pire. On s'instruit, ce que ne veulent pas les adultes, qui nous éduquent. Le premier livre que j'ai lu et qui n'était pas de mon âge était un recueil de Verlaine. Avec quelle gloutonnerie, et quel amour..."
au hasard toujours, Daniel et Ludovic Halévy: "quand j'ai lu, dans les Mémoires d'outre-tombe cette phrase sur le critique La Harpe: "un homme qui appartenait à ces hommes supérieurs au second rang dans la société du XVIIIème siècle et qui, formant une arrière-ligne solide dans la société, donnaient à cette société de l'ampleur et de la conscience", j'ai pensé à Daniel Halévy. Halévy, esprit solide, droit et sévère, même s'il n'est pas complètement un écrivain, si un écrivain est quelqu'un qui, à un moment ou à l'autre, déconne... Daniel Halévy a publié le journal de ses rencontres avec Degas, et les cent pages du Degas parle, l'air d'un journal, sont un traité d'esthétique. Il y a là quinze phrases de Degas qui m'ont marqué pour la vie..."
Jean de La Fontaine : "peu d'écrivains parlent un français aussi fin sans que cela se remarque... quand son pas l'ennuie, il en change. Quel danseur! virtuose, mais dissimulant sa virtuosité...La Fontaine, c'est Gene Kelly." (moi, j'aurais écrit "Fred Astaire"...).
Personnages : "les personnages de Balzac sont des épouvantails. Les personnages de Dickens sont des tics. Les personnages de Beaumarchais sont des gifles. Les personnages de Proust sont les pattes ultrasensibles prolongeant le cerveau en poulpe du narrateur. Les personnages de Marivaux sont des papillons. Les personnages de Cocteau sont des ombres chinoises. Les personnages de Simone de Beauvoir sont les poupées d'un ventriloque..."
Et il y en a comme cela presque mille pages!
Beaucoup d'articles portant sur des auteurs se terminent par une citation. Voici celle qui m'a le plus frappé. Elle est de Montesquieu, extraite de ses Pensées (oeuvre posthume) : "la raison pour laquelle les sots réussissent ordinairement dans leurs entreprises, c'est que, ne sachant et ne voyant jamais qu'ils sont importuns, ils ne s'arrêtent jamais."
Cela ne vous rappelle personne? personne en particulier, bien sûr. Pour ma part, j'ai au moins deux noms qui me sont venus aussitôt à l'esprit.
Et comment, en refermant le livre, ne pas songer à la phrase d'Oscar Wilde, qui porte l'hommage le plus haut, le plus vrai à la littérature : "La mort de Lucien de Rubempré est le grand drame de ma vie."?
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