samedi 18 août 2007

Comment peut-on être (ou ne pas être) marxiste?

Cher Jean-Christophe,

j'écrivais dans un récent message ("à propos d'un article de Jacques Julliard", 6 août) : "Oserai-je dire qu'il n'est pas non plus interdit d'aller puiser à une autre source du socialisme, la pensée de Marx, pas sa pensée ossifiée dans le marxisme-léninisme, mais la pensée du Marx qui disait déjà "je ne suis pas marxiste"?..."

Tu réagis en disant "le léninisme ossifié?"..."socialiste et marxiste, ce n'est pas compatible ?" Tes questions appellent réponse.

Oui, je persiste à croire que la pensée de Marx a été déformée, simplifiée et instrumentalisée par le marxisme-léninisme. Instrumentalisée au profit d'une stratégie de conquête du pouvoir beaucoup plus "blanquiste", au fond, que "marxiste". Blanqui était ce socialiste révolutionnaire français du XIXème siècle, ayant passé une bonne partie de sa vie en prison, qui croyait à la possibilité de prendre le pouvoir et d'instaurer une société socialiste grâce à un coup d'Etat fomenté par des "minorités agissantes", organisées en réseaux de conspirateurs. C'est à peu près ce qu'on fait les Bolcheviks en 1917.

Marx voyait l'avènement du socialisme comme le résultat final de l'évolution des sociétés capitalistes. Lénine a cru y arriver par une sorte de raccourci historique. La Russie était encore une société très traditionnelle, à un stade primitif du capitalisme. On sait ce qu'il en est advenu : le stalinisme, c'est-à-dire une forme modernisée du despotisme asiatique séculaire déjà décrit par Montesquieu, Hegel... et Marx lui-même.

Quand Marx disait qu'il n'était pas marxiste, c'était pour protester contre la simplification et l'instrumentalisation de sa pensée. Déjà de son vivant, l'on commençait de faire de Marx un nouveau Messie, et du marxisme un nouveau catéchisme.

Quand il disait qu'il existait des "évolutions révolutionnaires", c'est qu'il constatait déjà à son époque les progrès -baisse du temps de travail, élévation du niveau de vie et d'éducation- générés par la technique, l'expansion coloniale, mais aussi l'évolution des esprits et des législations sous la pression politique et syndicale. Il devait estimer à la fin de sa vie que l'Angleterre, berceau de la révolution industrielle, serait le premier pays à arriver au socialisme par ce type "d'évolution révolutionnaire".

Alors peut-on être socialiste sans être marxiste? ce débat doit paraître très dépassé à beaucoup de nos lecteurs. A-t-il encore du sens alors qu'il s'agit de construire le socialisme du XXIème siècle? Pourtant, comme le disait Jaurès," c'est en allant à la mer que le fleuve est fidèle à sa source". En d'autres termes, effacer notre passé nous ferait perdre de précieux repères pour entrer dans l'avenir. La démarche de Marx, comme volonté de comprendre les forces souterraines à l'oeuvre dans les phénomènes politiques, économiques et sociaux, et de les orienter au bénéfice de tous, peut et doit rester pour nous une source d'inspiration.

Cela amène une autre question, qui est de savoir si de telles forces peuvent effectivement être maîtrisées et canalisées par quelques-uns. Marx, pour sa part, ne l'a jamais pensé. S'en croire capable, c'est déjà sans doute faire preuve d'un orgueuil prométhéen. C'est aller vers les catastrophes du stalinisme et du maoïsme. Mais alors que pouvons-nous faire? ce sera, si tu le veux bien, l'objet de prochains articles.

3 commentaires:

Claude Chapat a dit…

Mon cher François,

J’ai lu ton blog concernant ta réflexion sur la pensée marxiste, et j’étais tellement heureux de voir que l’on pouvait encore penser ainsi aujourd’hui. Peut-être est-ce ma formation de germaniste, peut-être est-ce mon histoire familiale, mais sache que je suis en phase avec ton analyse et que cela me fait du bien de savoir qu’il existe des gens de ton niveau qui pensent encore ainsi.

Claude Chapat

Anonyme a dit…

Cher Francois,
J'ai commence à lire ton blog et tu ne peux imaginer le bien que cela m'a procure. On a besoin de sentir que l'on peut avoir notre liberte d'expression en respectant ceux qui ne sont et ne peuvent etre d'accord avec nous.
Bien à toi.
Armanda MIRANDA

Anonyme a dit…

Chers intellectuels ou intellectuelles, le plus simple est de lire un ecrit simple et clair, le manifeste du parti communiste de Marx & Engels (chez Librio, c'est presque donné !); on se rend alors compte qu'ils se sont trompés, que le capitalisme n'a pas entraîné deux classes, les prolétaires réduits à l'état d'outils sans propriété ni droits d'une part, et d'autre part les bourgeois qui possèdent tout et ne travaillent pas; le marxisme est une théorie qui s'est révélée totalement erronée; mais ce manifeste préconise aussi la confiscation des biens des rebelles (ceux qui ne pensent pas comme vous...) et des moyens de production (sales koulaks !), les "armées de travail" (prélude aux camps ?), la violence politique; les régimes communistes (Lénine, Staline, Pol Pot, Kim Il Jong..) ont appliqué ces préceptes, notamment les 10 points listé dans le manifeste.

Je ne comprends pas comment on peut se dire marxiste après la lecture du manifeste...