Il doit peser une sorte de malédiction du Pharaon sur les relations franco-américaines. La France, qui a fait dans son histoire la guerre à tout le monde, n'a, par un heureux hasard, jamais fait la guerre aux Etats-Unis. Elle a même sérieusement contribué à leur naissance. Et pourtant, Dieu sait si ces relations ont été presque continûment crispées, aigres, traversées de méfiances et de malentendus. L'on se souvient en particulier, tout au long de la Guerre froide, de la façon dont les Français se désolaient des tensions entre Etats-Unis et URSS, formant obstacle au bonheur de l'Europe, mais dénonçaient avec vigueur le condominium des super-puissances dès que les deux Grands parvenaient à s'entendre sur un quelconque sujet. C'est sur ce motif, par exemple, que nous avons refusé pendant un quart de siècle de signer le Traité de non-prolifération nucléaire.
Avec Nicolas Sarkozy, nous avions enfin touché un ami et admirateur assumé de l'Amérique, bien décidé de ne plus s'encombrer de l'héritage gaulliste, ou même chiraquien. Il a ainsi pris le risque d'afficher dans sa campagne électorale son intention de ramener les forces françaises dans l'organisation intégrée de l'OTAN, et a tenu promesse sur ce point qui lui tenait clairement à coeur contre la grande majorité de la classe politique française, qui s'accommodait fort bien du statu quo. Difficile de faire mieux comme déclaration d'amour à l'Amérique. Et patatras! avec l'arrivée d'Obama, tout repart sur les vieux schémas. Comment? Pourquoi?
L'on avait pourtant bien commencé avec les vacances américaines de notre président à l'été 2007 et sa rencontre avec George W. Bush. Ni la bouderie de Cecilia, ni la façon dont Nicolas Sarkozy avait rembarré, de façon impensable en ce pays, les journalistes et photographes américains, n'avaient empêché le courant de passer. Encore tout retourné de ce qu'il avait entendu de son nouvel ami, il présentait de retour à Paris à la réunion des ambassadeurs "l'alternative catastrophique" qui se profilait : "la bombe iranienne ou le bombardement de l'Iran". Et sur l'Afghanistan, il décidait d'y envoyer 700 hommes supplémentaires au nom des droits de l'Homme et de la lutte contre le terrorisme, garantissant notre présence là-bas "jusqu'à la victoire".
Aujourd'hui, la situation est à nouveau dégradée entre la France et les Etats-Unis, notamment autour du dossier iranien. Obama juge clairement que la France en a trop fait dans l'interpellation des gens du régime, dans l'énoncé de son scepticisme face à tout essai de dialogue, et dans l'agitation de la menace de sanctions renforcées, le tout mettant en péril sa politique de la main tendue, déjà sur le fil du rasoir. Du coup, la France n'a été informée que tardivement du projet américain de récupérer l'uranium déjà enrichi en Iran et pouvant, en théorie, finir en bombe, pour le retourner sous la forme inoffensive de combustible destiné à un réacteur de recherche. Bien qu'appelée à fabriquer ce combustible, elle a boudé l'idée, y voyant une façon de légitimer les opérations contestées d'enrichissement conduites par l'Iran. Notre président a aussi tenté de se remettre en scène avec la communication planétaire des trois leaders, Obama, Brown et lui-même, dénonçant la découverte d'une usine clandestine d'enrichissement d'uranium en Iran, mais les inspecteurs de l'AIEA, après s'être rendus sur place, ont dû constater qu'ils n'avaient rien vu d'inquiétant. Et dernière humiliation, ce sont les Iraniens eux-mêmes qui ont dit lors d'une réunion à Vienne qu'ils ne souhaitaient pas voir les Français à la même table de négociation qu'eux, les considérant comme des interlocuteurs non fiables.
Au fond, à le voir évoluer, l'on se dit que l'Amérique qu'aime notre président, c'est l'Amérique qu'aime aussi son ami, notre Johnny national : celle des grands espaces et des chevauchées, celle des cow-boys taciturnes, des barbecues géants et de la puissance décomplexée, l'Amérique de John Wayne et de George W. Bush. C'est cette Amérique qu'il s'efforce, comme Johnny dans son genre, d'imiter, galopant en Camargue, descendant les marches de l'Elysée comme celles d'un Saloon. Cette Amérique n'a évidemment rien à voir avec celle d'Obama, unissant un monde intellectuel et patricien, branché sur les grandes universités de la côte Est, au monde des classes moyennes, aussi peu exotiques que possible dans quelque pays que se soit, et aussi au monde des pauvres, évidemment à peu près invisible aux vacanciers.
Donc, une fois de plus, c'est raté. On y avait cru pourtant aux débuts de François Mitterrand, précédé d'une solide réputation d'atlantiste, et aussi aux débuts de Jacques Chirac, qui s'était risqué à dire à la télévision américaine, et même en anglais, son amour des Fast Food et des hamburgers. Mais Reagan pour le premier, l'Irak pour le second, sont passés par là... Quel Enchanteur, quel prince ou quelle princesse pourra un jour dissiper la malédiction du Pharaon? Et avec quelle formule magique? Qui a là-dessus une petite idée? J'attends là-dessus vos commentaires, quitte à revenir sur le sujet.
mardi 10 novembre 2009
La malédiction du Pharaon
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mardi 20 octobre 2009
désarmement nucléaire : un appel français
Il faut saluer Alain Juppé, Bernard Norlain, Alain Richard et Michel Rocard pour leur appel, paru dans le Monde du 15 octobre, à voir la France mieux s'engager dans un processus de désarmement nucléaire général et complet.
L'on se souvient du discours prononcé par Obama à Prague en avril, développant la vision d'un monde débarrassé d'armes nucléaires. L'on se souvient aussi de l'appel dans le même sens lancé par quatre vieux routiers de la politique américaine, Schultz, Perry, Kissinger et Nunn, sur le même thème en janvier 2008. Ce document développait l'analyse qu'un monde totalement débarrassé de la bombe atomique serait, tout bien pesé, moins dangereux à long terme qu'un monde où la prolifération continuerait nécessairement de conduire à une insécurité incontrôlable.
Cette évolution des esprits s'est heurtée jusqu'à présent en France à un scepticisme épais. L'opinion en a été faiblement informée. Dans les milieux spécialisés et dans les cercles du pouvoir, l'on ironisait sur le fait que les quatre signataires de l'appel de 2008 étaient des retraités de la politique, loups convertis bien tard en moutons. Un an plus tard, le discours de Prague était accueilli par des applaudissement polis, et quelques commentaires sur le thème : "Messieurs les Américains, à vous de commencer". Et l'on sentait une sorte de jalousie à voir le Président des Etats-Unis accroître sa popularité mondiale par des effets faciles. L'attribution à Barack Obama du prix Nobel de la paix, que certains avaient rêvé de voir décerner à notre Président pour son intervention dans la crise géorgienne, n'a rien arrangé. Et en septembre dernier, quand Obama, prenant personnellement la présidence du Conseil de Sécurité, a fait adopter une résolution traçant les perspectives d'un désarmement nucléaire mondial, notre président l'a interpellé plutôt vertement sur la nécessité de redescendre sur terre et de régler avant toute chose les crises nord-coréenne et iranienne.
Curieusement, cette attitude française transcende les lignes politiques. A gauche, l'on ne s'est pas montré plus intéressé par ce regain de réflexion sur le désarmement que dans la majorité présidentielle. L'aura entourant la dissuasion nucléaire semble la placer à un niveau de transcendance qui interdit toute analyse critique, à gauche comme à droite. Comme si l'effort historique accompli dans les années 1970 pour échapper au pacifisme un peu niais traditionnellement associé au mouvement socialiste et faire accepter la Force de frappe créait l'obligation morale d'étouffer désormais dans l'oeuf toute tentation de rechute.
Il ressort de tout cela l'image d'un pays crispé sur son statut de puissance nucléaire militaire comme l'un des derniers soutiens de son rang dans le monde. Et ceci décrédibilise notre discours vers ceux dont nous craignons qu'ils se dotent d'un arsenal nucléaire, tant y transparaît l'inquiétude de voir se dévaluer notre position d'exception si trop de pays se trouvaient dotés de la bombe. La justification de notre force de dissuasion par la défense en dernier ressort de nos intérêts suprêmes n'est pas en effet un argument dont les autres aient le droit de s'emparer. Et bien entendu, aucune réflexion originale ne s'amorce chez nous sur ce que sont exactement ces intérêts suprêmes, ni sur la façon dont ils sont ou pourraient être menacés dans le monde d'aujourd'hui et de demain, ni sur l'adéquation de notre arsenal à les défendre. Mais en nous agrippant à cette ligne : "ne faites pas ce que j'ai fait et ce que je continue de faire" c'est tout l'effort collectif en faveur de la non-prolifération que l'on fragilise. Car vingt ans après la fin de la Guerre froide, la plupart des signataires du Traité de non prolifération nucléaire supporte de moins en moins le clivage entre les cinq pays légitimement dotés de la bombe et les autres qu'avait introduit, à titre en principe provisoire, ce traité.
Merci donc aux quatre auteurs de l'article du Monde de rappeler que notre pays "est tout aussi intéressé que les autres puissances nucléaires au rétablissement d'une non-prolifération crédible". Merci d'exprimer "le voeu que la France affirme résolument son engagement pour le succès de ce processus de désarmement et sa résolution d'en tirer les conséquences le moment venu quant à ses propres capacités". Un tabou bien français vient d'être rompu. Espérons que s'agrègent aux signataires de cette article suffisamment de talents et de bonnes volontés pour commencer à faire bouger les lignes.
L'on se souvient du discours prononcé par Obama à Prague en avril, développant la vision d'un monde débarrassé d'armes nucléaires. L'on se souvient aussi de l'appel dans le même sens lancé par quatre vieux routiers de la politique américaine, Schultz, Perry, Kissinger et Nunn, sur le même thème en janvier 2008. Ce document développait l'analyse qu'un monde totalement débarrassé de la bombe atomique serait, tout bien pesé, moins dangereux à long terme qu'un monde où la prolifération continuerait nécessairement de conduire à une insécurité incontrôlable.
Cette évolution des esprits s'est heurtée jusqu'à présent en France à un scepticisme épais. L'opinion en a été faiblement informée. Dans les milieux spécialisés et dans les cercles du pouvoir, l'on ironisait sur le fait que les quatre signataires de l'appel de 2008 étaient des retraités de la politique, loups convertis bien tard en moutons. Un an plus tard, le discours de Prague était accueilli par des applaudissement polis, et quelques commentaires sur le thème : "Messieurs les Américains, à vous de commencer". Et l'on sentait une sorte de jalousie à voir le Président des Etats-Unis accroître sa popularité mondiale par des effets faciles. L'attribution à Barack Obama du prix Nobel de la paix, que certains avaient rêvé de voir décerner à notre Président pour son intervention dans la crise géorgienne, n'a rien arrangé. Et en septembre dernier, quand Obama, prenant personnellement la présidence du Conseil de Sécurité, a fait adopter une résolution traçant les perspectives d'un désarmement nucléaire mondial, notre président l'a interpellé plutôt vertement sur la nécessité de redescendre sur terre et de régler avant toute chose les crises nord-coréenne et iranienne.
Curieusement, cette attitude française transcende les lignes politiques. A gauche, l'on ne s'est pas montré plus intéressé par ce regain de réflexion sur le désarmement que dans la majorité présidentielle. L'aura entourant la dissuasion nucléaire semble la placer à un niveau de transcendance qui interdit toute analyse critique, à gauche comme à droite. Comme si l'effort historique accompli dans les années 1970 pour échapper au pacifisme un peu niais traditionnellement associé au mouvement socialiste et faire accepter la Force de frappe créait l'obligation morale d'étouffer désormais dans l'oeuf toute tentation de rechute.
Il ressort de tout cela l'image d'un pays crispé sur son statut de puissance nucléaire militaire comme l'un des derniers soutiens de son rang dans le monde. Et ceci décrédibilise notre discours vers ceux dont nous craignons qu'ils se dotent d'un arsenal nucléaire, tant y transparaît l'inquiétude de voir se dévaluer notre position d'exception si trop de pays se trouvaient dotés de la bombe. La justification de notre force de dissuasion par la défense en dernier ressort de nos intérêts suprêmes n'est pas en effet un argument dont les autres aient le droit de s'emparer. Et bien entendu, aucune réflexion originale ne s'amorce chez nous sur ce que sont exactement ces intérêts suprêmes, ni sur la façon dont ils sont ou pourraient être menacés dans le monde d'aujourd'hui et de demain, ni sur l'adéquation de notre arsenal à les défendre. Mais en nous agrippant à cette ligne : "ne faites pas ce que j'ai fait et ce que je continue de faire" c'est tout l'effort collectif en faveur de la non-prolifération que l'on fragilise. Car vingt ans après la fin de la Guerre froide, la plupart des signataires du Traité de non prolifération nucléaire supporte de moins en moins le clivage entre les cinq pays légitimement dotés de la bombe et les autres qu'avait introduit, à titre en principe provisoire, ce traité.
Merci donc aux quatre auteurs de l'article du Monde de rappeler que notre pays "est tout aussi intéressé que les autres puissances nucléaires au rétablissement d'une non-prolifération crédible". Merci d'exprimer "le voeu que la France affirme résolument son engagement pour le succès de ce processus de désarmement et sa résolution d'en tirer les conséquences le moment venu quant à ses propres capacités". Un tabou bien français vient d'être rompu. Espérons que s'agrègent aux signataires de cette article suffisamment de talents et de bonnes volontés pour commencer à faire bouger les lignes.
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dimanche 13 septembre 2009
retour sur les bonus
Revenons posément sur l'affaire des traders. Notre président est formidable. La formule qu'il a trouvée pour étêter leurs rémunérations mirobolantes– bonus quand on gagne de l'argent, malus quand on en perd – ouvre une nouvelle voie dans les relations du travail et même au-delà. Si cela marche pour les traders – et on ne voit pas pourquoi cela ne marcherait pas – il faudra songer à l'étendre à d'autres activités, aux sportifs par exemple. Les primes de victoire seraient désormais compensées par des amendes en cas de perte. Avec un tel système, quand Laure Manaudou, malgré tout l'argent dépensé en frais de déplacement par l'équipe de France et donc par le contribuable, échoue lamentablement aux Jeux de Pékin, elle passerait à la caisse, larme à l'oeil ou pas. Même principe pour les footballeurs de l'équipe de France. Même principe pour les cavaliers, et même pour leurs chevaux, dont on pourrait régler le picotin d'avoine en fonction du nombre d'obstacles franchis ou renversés.
L'on pourra ensuite passer aux primes des fonctionnaires, en tous cas pour ceux qui ne sont pas trop mal servis, comme les agents du ministère des finances. En cas de mauvaises rentrées fiscales, comme en ce moment, on ne voit pas pourquoi les inspecteurs des impôts n'en seraient pas un peu de leur poche. Les administrateurs de la direction du Budget seraient d'autant moins bien payés que le déficit serait plus élevé. Les militaires envoyés en opérations extérieures pourraient aussi voir baisser leur rémunération de campagne en cas de revers ou d'enlisement dans des combats douteux. Enfin, les diplomates verraient leur prime d'expatriation amputée en cas de dégradation des relations diplomatiques ou de la balance commerciale française avec leur pays d'accueil.
Revenons au coeur du sujet. Si notre Président a dû en arriver à une formule aussi complexe : étalement des primes sur trois ans, système de malus, c'est qu'il s'est lui-même interdit, avec son bouclier fiscal, le meilleur moyen, à savoir l'impôt, pour lutter contre les rémunérations exorbitantes tout en recyclant utilement les gains inappropriés. Un bon impôt bien lourd sur les bonus des traders, sur les parachutes dorés des dirigeants de grandes sociétés, et sur d'autres gains choquants pour le public, quoi de mieux pour dissuader les inventeurs et bénéficiaires de ces dispositifs? C'est vrai, les intéressés pourraient s'évader en Suisse ou en Belgique. Mais ceux qui ont envie de partir partent de toutes façons, et ne reviennent guère. Et s'il s'agit vraiment de parasites, où est la perte?
L'on pourra ensuite passer aux primes des fonctionnaires, en tous cas pour ceux qui ne sont pas trop mal servis, comme les agents du ministère des finances. En cas de mauvaises rentrées fiscales, comme en ce moment, on ne voit pas pourquoi les inspecteurs des impôts n'en seraient pas un peu de leur poche. Les administrateurs de la direction du Budget seraient d'autant moins bien payés que le déficit serait plus élevé. Les militaires envoyés en opérations extérieures pourraient aussi voir baisser leur rémunération de campagne en cas de revers ou d'enlisement dans des combats douteux. Enfin, les diplomates verraient leur prime d'expatriation amputée en cas de dégradation des relations diplomatiques ou de la balance commerciale française avec leur pays d'accueil.
Revenons au coeur du sujet. Si notre Président a dû en arriver à une formule aussi complexe : étalement des primes sur trois ans, système de malus, c'est qu'il s'est lui-même interdit, avec son bouclier fiscal, le meilleur moyen, à savoir l'impôt, pour lutter contre les rémunérations exorbitantes tout en recyclant utilement les gains inappropriés. Un bon impôt bien lourd sur les bonus des traders, sur les parachutes dorés des dirigeants de grandes sociétés, et sur d'autres gains choquants pour le public, quoi de mieux pour dissuader les inventeurs et bénéficiaires de ces dispositifs? C'est vrai, les intéressés pourraient s'évader en Suisse ou en Belgique. Mais ceux qui ont envie de partir partent de toutes façons, et ne reviennent guère. Et s'il s'agit vraiment de parasites, où est la perte?
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mercredi 26 août 2009
Lois et modèles
Si l'on suit de bons modèles, l'on n'a pas besoin de lois. C'est ce que défendaient les disciples de Confucius, vers 200 avant Jésus-Christ, contre les légistes qui posaient les bases juridiques du premier empire chinois. Il est vrai que les personnes que l'on se choisit pour modèle, vivantes ou mortes, mythiques ou réelles, vous indiquent la marche à suivre, vous maintiennent sur le droit chemin. "Qu'aurait fait mon maître, ou ma mère, en telle circonstance? En un tel moment, tel saint, tel héros ont ainsi agi". Parce qu'ils sont des êtres complexes, et complets, et qu'ils se présentent d'ailleurs en cohorte pour mieux répondre à toutes les questions de la vie, les modèles offrent une source d'inspiration inépuisable, qui nous guident silencieusement, et que l'on croise dans les moments décisifs. Même quand ils s'éloignent de nous au fil du temps, ils nous imprègnent pour toujours du sens du devoir.
Les lois en revanche ne contiennent rien d'autre que leurs propres prescriptions. Elles sont impuissantes à régler d'autres conflits que ceux qu'elles ont envisagé. Comme elles ne pourront jamais traiter l'infinité du réel et de ses potentialités, elles sont forcément parsemées de béances, dans lesquelles tout un chacun est en droit de s'engouffrer. Prosaïquement, c'est ainsi que se pratique l'évasion fiscale. Mais si beaucoup n'ont pas l'idée d'y recourir, c'est qu'ils sont retenus par leur conception de la morale, ou même des simples convenances.
De fait, les sociétés sont régulées par une combinaison de lois et de modèles. Elles ont besoin des deux. C'est d'ailleurs sur ce compromis que s'est achevée la querelle des Confucianistes et des légistes. Chez nous, par exemple, l'école (Vercingétorix, Jeanne d'Arc, Pasteur etc.), le cathéchisme, la Bible, mais aussi la presse, la radio, la télévision (de Gaulle, l'Abbé Pierre, Zidane...) nous alimentent en modèles. Dans le même temps les parlementaires, les juges et la police produisent et appliquent l'arsenal des lois.
Quand les modèles qui inspirent une société sont puissants, quand ils sont reconnus par tous, les lois peuvent être simples, et beaucoup de conflits se règlent sans avoir besoin de la loi . En sens inverse, plus ils sont faibles, plus il faut de lois, et jusqu'à l'infini. L'on se désole par les temps qui courent de la judiciarisation de notre société, et de l'inflation législative qui noie jusqu'aux juges chargés de dire le droit. L'on nous annonce que nous commençons à vivre, à l'américaine, dans un monde de lawyers. C'est sans doute parce que nous manquons de modèles, de modèles assez puissants pour limiter le recours aux lois.
Les lois en revanche ne contiennent rien d'autre que leurs propres prescriptions. Elles sont impuissantes à régler d'autres conflits que ceux qu'elles ont envisagé. Comme elles ne pourront jamais traiter l'infinité du réel et de ses potentialités, elles sont forcément parsemées de béances, dans lesquelles tout un chacun est en droit de s'engouffrer. Prosaïquement, c'est ainsi que se pratique l'évasion fiscale. Mais si beaucoup n'ont pas l'idée d'y recourir, c'est qu'ils sont retenus par leur conception de la morale, ou même des simples convenances.
De fait, les sociétés sont régulées par une combinaison de lois et de modèles. Elles ont besoin des deux. C'est d'ailleurs sur ce compromis que s'est achevée la querelle des Confucianistes et des légistes. Chez nous, par exemple, l'école (Vercingétorix, Jeanne d'Arc, Pasteur etc.), le cathéchisme, la Bible, mais aussi la presse, la radio, la télévision (de Gaulle, l'Abbé Pierre, Zidane...) nous alimentent en modèles. Dans le même temps les parlementaires, les juges et la police produisent et appliquent l'arsenal des lois.
Quand les modèles qui inspirent une société sont puissants, quand ils sont reconnus par tous, les lois peuvent être simples, et beaucoup de conflits se règlent sans avoir besoin de la loi . En sens inverse, plus ils sont faibles, plus il faut de lois, et jusqu'à l'infini. L'on se désole par les temps qui courent de la judiciarisation de notre société, et de l'inflation législative qui noie jusqu'aux juges chargés de dire le droit. L'on nous annonce que nous commençons à vivre, à l'américaine, dans un monde de lawyers. C'est sans doute parce que nous manquons de modèles, de modèles assez puissants pour limiter le recours aux lois.
dimanche 9 août 2009
Parti Socialiste : quel Au-delà?
Le Parti Socialiste affiche tous les symptômes de l'agonie. Même la SFIO des années 1960, portant tout le poids de la guerre d'Algérie et de la fin de la IVème République, n'était pas agitée des soubresauts que connaît aujourd'hui son successeur.
Nous sommes bien en une fin de cycle, ouverte par le départ impromptu de Lionel Jospin en 2002. L'on ne dira jamais assez les lourdes conséquences de ce geste solitaire de dépit, pris en dehors de toute analyse politique collective, qui a rompu la chaîne de légitimité au sein du Parti.
Le voilà aujourd'hui peu à peu transformé en parti d'élus locaux : l'on tient des régions, des départements, des communes. Autant de niches qui permettent de voir venir, de récompenser des milliers de militants fidèles, de se consoler des échecs nationaux. Mais ces niches, comme le Parti Communiste en son temps, le Parti Socialiste les perdra à son tour. Si l'on continue ainsi, il lui restera le socialisme municipal par lequel il a commencé, à la fin du XIXème siècle, quelques fêtes de la Rose, puis plus rien.
L'on nous dit que le Parti socialiste, avant même d'avoir besoin d'un leader, a besoin d'un projet. C'est vrai. Pour être lisible et audible aujourd'hui, il devrait être bref, du format que l'on peut lire et commenter à une tribune, et résumer en une minute à la télévision. Le Programme de Bad Godesberg (1959), pourtant très allemand, tenait en sept ou huit pages. La Charte d'Amiens (1905), perfection du genre, contenait trois idées, développées en trente lignes. Elle a porté le projet syndical pendant un demi-siècle, et l'un des principes posés - la séparation entre syndicats et partis - marque encore aujourd'hui notre culture politique.
Enfin ce projet devra être crédible. Il devra pour cela éviter les formules usées ("le juste partage des fruits de la croissance"), et le pathos ("le post-matérialisme"). Il devra s'inscrire d'emblée dans le seul espace de référence qui ait un sens pour agir sur le réel et construire du durable, l'espace européen. Plus personne n'osant croire à l'Europe, c'est donc une longue marche qu'il devra annoncer. Mais ceux qui ont fondé le socialisme n'avaient pas peur de la longue durée. Il faut retrouver le même courage.
Lisible, audible, crédible, ce projet devra enfin être rassembleur. Comment ne pas retomber dans les tristes luttes de motions et de courants? Peut-être en procédant, sur la base de ce projet, au renouvellement général des adhésions. Pour être membre du Parti socialiste rénové, chacun, ancien ou nouveau, aurait à le solliciter et manifesterait par là-même son adhésion au nouveau projet. Un certain nombre, sans doute, choisira alors de partir. Mais d'autres, nouveaux, devraient entrer. Et tous, anciens et nouveaux, se retrouveraient pour adopter, notamment, de nouveaux statuts mettant en place une structure allégée... qu'il serait opportun de doter d'une mécanique inoxydable de contrôle des adhésions et des votes internes.
Bien entendu, pour être pleinement mobilisateur, le nouveau projet devrait s'incarner dans un leader. C'est certainement le point le plus difficile. Peu importe son origine, son parcours politique, son âge ou son profil. Il n'y a pas de règle en la matière, l'histoire enseigne que souvent l'inattendu, et même l'improbable, arrive. L'idéal serait que ce leader émerge dans le processus même d'élaboration du projet, et qu'il en soit le principal inspirateur.
Une telle opération de renouveau peut-elle être conduite dans les deux ans qui nous séparent de la dernière ligne droite avant la prochaine présidentielle? Oui, tout juste, vraiment tout juste, si elle démarrait aujourd'hui. Sinon, la prochaine chance ne se présentera qu'en 2013. Mais que la Gauche gagne ou perde en 2012, la nécessité d'une résurrection du parti : nouveau projet, nouveaux statuts, nouveau mode de fonctionnement, paraît désormais incontournable.
Nous sommes bien en une fin de cycle, ouverte par le départ impromptu de Lionel Jospin en 2002. L'on ne dira jamais assez les lourdes conséquences de ce geste solitaire de dépit, pris en dehors de toute analyse politique collective, qui a rompu la chaîne de légitimité au sein du Parti.
Le voilà aujourd'hui peu à peu transformé en parti d'élus locaux : l'on tient des régions, des départements, des communes. Autant de niches qui permettent de voir venir, de récompenser des milliers de militants fidèles, de se consoler des échecs nationaux. Mais ces niches, comme le Parti Communiste en son temps, le Parti Socialiste les perdra à son tour. Si l'on continue ainsi, il lui restera le socialisme municipal par lequel il a commencé, à la fin du XIXème siècle, quelques fêtes de la Rose, puis plus rien.
L'on nous dit que le Parti socialiste, avant même d'avoir besoin d'un leader, a besoin d'un projet. C'est vrai. Pour être lisible et audible aujourd'hui, il devrait être bref, du format que l'on peut lire et commenter à une tribune, et résumer en une minute à la télévision. Le Programme de Bad Godesberg (1959), pourtant très allemand, tenait en sept ou huit pages. La Charte d'Amiens (1905), perfection du genre, contenait trois idées, développées en trente lignes. Elle a porté le projet syndical pendant un demi-siècle, et l'un des principes posés - la séparation entre syndicats et partis - marque encore aujourd'hui notre culture politique.
Enfin ce projet devra être crédible. Il devra pour cela éviter les formules usées ("le juste partage des fruits de la croissance"), et le pathos ("le post-matérialisme"). Il devra s'inscrire d'emblée dans le seul espace de référence qui ait un sens pour agir sur le réel et construire du durable, l'espace européen. Plus personne n'osant croire à l'Europe, c'est donc une longue marche qu'il devra annoncer. Mais ceux qui ont fondé le socialisme n'avaient pas peur de la longue durée. Il faut retrouver le même courage.
Lisible, audible, crédible, ce projet devra enfin être rassembleur. Comment ne pas retomber dans les tristes luttes de motions et de courants? Peut-être en procédant, sur la base de ce projet, au renouvellement général des adhésions. Pour être membre du Parti socialiste rénové, chacun, ancien ou nouveau, aurait à le solliciter et manifesterait par là-même son adhésion au nouveau projet. Un certain nombre, sans doute, choisira alors de partir. Mais d'autres, nouveaux, devraient entrer. Et tous, anciens et nouveaux, se retrouveraient pour adopter, notamment, de nouveaux statuts mettant en place une structure allégée... qu'il serait opportun de doter d'une mécanique inoxydable de contrôle des adhésions et des votes internes.
Bien entendu, pour être pleinement mobilisateur, le nouveau projet devrait s'incarner dans un leader. C'est certainement le point le plus difficile. Peu importe son origine, son parcours politique, son âge ou son profil. Il n'y a pas de règle en la matière, l'histoire enseigne que souvent l'inattendu, et même l'improbable, arrive. L'idéal serait que ce leader émerge dans le processus même d'élaboration du projet, et qu'il en soit le principal inspirateur.
Une telle opération de renouveau peut-elle être conduite dans les deux ans qui nous séparent de la dernière ligne droite avant la prochaine présidentielle? Oui, tout juste, vraiment tout juste, si elle démarrait aujourd'hui. Sinon, la prochaine chance ne se présentera qu'en 2013. Mais que la Gauche gagne ou perde en 2012, la nécessité d'une résurrection du parti : nouveau projet, nouveaux statuts, nouveau mode de fonctionnement, paraît désormais incontournable.
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jeudi 23 juillet 2009
Amères condoléances
Je sors d'un silence de six mois pour rappeler, avant que tout ceci ne s'efface de nos mémoires, qu'il y a une dizaine de jours, 168 personnes sont mortes dans la chute d'un Tupolev 154 - M de la compagnie iranienne Caspian Airlines sur la ligne Téhéran Erevan. Il s'agissait pour l'essentiel d'Iraniens, dont une bonne partie de la communauté arménienne. Il y avait aussi dans l'avion des Arméniens, ainsi que quelques Russes et Géorgiens, et deux Australiens, Il y avait en particulier onze membres de l'équipe junior iranienne de judo.
L'Union européenne, le gouvernement américain ont aussitôt présenté leurs condoléances à l'Iran. Le gouvernement français a fait de même. "la France adresse ses sincères condoléances aux familles et aux proches des victimes et exprime toute sa sympathie aux peuples et aux autorités iraniennes et arméniennes" a déclaré le porte-parole du Quai d'Orsay.
Deux autres accidents avec le même modèle d'avion se sont produits en Iran, l'un en 2006 lors d'un atterrissage à Mashhad, faisant 29 victimes, l'autre en 2002 près de Khorramabad, faisant 118 morts. Le Tupolev 154 - M est un avion vieillissant. Sa production, entamée au début des années 1980, s'est arrêtée en 1994. La difficulté à se procurer des pièces de rechange fiables pose de sérieux problèmes d'entretien aux compagnies clientes du constructeur russe.
Les avions de l'ancien espace soviétique ont mauvaise réputation en Iran. Sur les onze accidents d'avion intervenus dans ce pays depuis 2001, l'on trouve, outre les trois Tupolev évoqués, trois Antonov, un Ilyouchine, un Yakovlev. Avec les trois derniers accidents concernant un Airbus, un Boeing et un Hercules C 130, l'on atteint un total de 800 victimes.
Rappelons à présent qu'une part de ce bilan est dû aux sanctions américaines qui interdisent de vendre à l'Iran tout avion contenant 10% ou plus de production américaine. Pas de Boeing donc, mais pas d'Airbus non plus, car ils contiennent, eux aussi, des éléments américains. La compagnie européenne pourrait à la rigueur vendre à l'Iran des avions passant au-dessous de la barre des 10% (notamment en les équipant de moteurs Rolls-Royce), mais ni Airbus, ni Rolls-Royce d'ailleurs, ne veulent prendre le risque de se fâcher avec le client américain. C'est ainsi que les compagnies iraniennes se voient contraintes de faire voler des avions hors d'âge, encore à peu près entretenus lorsqu'il s'agit d'avions européens ou américains, nettement moins lorsqu'il s'agit d'avions russes.
Voilà donc l'exemple parfait de sanctions visant un régime et frappant une population qui n'en peut mais, sans parler des victimes collatérales de nationalités diverses. Les condoléances américaines et européennes ont donc pour les Iraniens un goût plutôt amer.
L'Union européenne, le gouvernement américain ont aussitôt présenté leurs condoléances à l'Iran. Le gouvernement français a fait de même. "la France adresse ses sincères condoléances aux familles et aux proches des victimes et exprime toute sa sympathie aux peuples et aux autorités iraniennes et arméniennes" a déclaré le porte-parole du Quai d'Orsay.
Deux autres accidents avec le même modèle d'avion se sont produits en Iran, l'un en 2006 lors d'un atterrissage à Mashhad, faisant 29 victimes, l'autre en 2002 près de Khorramabad, faisant 118 morts. Le Tupolev 154 - M est un avion vieillissant. Sa production, entamée au début des années 1980, s'est arrêtée en 1994. La difficulté à se procurer des pièces de rechange fiables pose de sérieux problèmes d'entretien aux compagnies clientes du constructeur russe.
Les avions de l'ancien espace soviétique ont mauvaise réputation en Iran. Sur les onze accidents d'avion intervenus dans ce pays depuis 2001, l'on trouve, outre les trois Tupolev évoqués, trois Antonov, un Ilyouchine, un Yakovlev. Avec les trois derniers accidents concernant un Airbus, un Boeing et un Hercules C 130, l'on atteint un total de 800 victimes.
Rappelons à présent qu'une part de ce bilan est dû aux sanctions américaines qui interdisent de vendre à l'Iran tout avion contenant 10% ou plus de production américaine. Pas de Boeing donc, mais pas d'Airbus non plus, car ils contiennent, eux aussi, des éléments américains. La compagnie européenne pourrait à la rigueur vendre à l'Iran des avions passant au-dessous de la barre des 10% (notamment en les équipant de moteurs Rolls-Royce), mais ni Airbus, ni Rolls-Royce d'ailleurs, ne veulent prendre le risque de se fâcher avec le client américain. C'est ainsi que les compagnies iraniennes se voient contraintes de faire voler des avions hors d'âge, encore à peu près entretenus lorsqu'il s'agit d'avions européens ou américains, nettement moins lorsqu'il s'agit d'avions russes.
Voilà donc l'exemple parfait de sanctions visant un régime et frappant une population qui n'en peut mais, sans parler des victimes collatérales de nationalités diverses. Les condoléances américaines et européennes ont donc pour les Iraniens un goût plutôt amer.
mardi 9 décembre 2008
Propos de crise
Trois citations de vieux messieurs, mais qui me paraissent bien dans l'air du temps (ils viennent tous du même endroit, mais ce n'est pas voulu...).
Otto von Bismarck (1815-1898) : "Le libéralisme va toujours beaucoup plus loin que ce que souhaitent ses propres partisans" .
Martin Luther (1483-1546) : "le monde est comme un paysan ivre sur son cheval. Tu peux le remettre en selle d'un côté, il glisse toujours de l'autre. Il veut appartenir au diable."
Albert Einstein (1879-1955) : "On ne peut pas résoudre les problèmes avec ceux qui les ont créés".
Mais pour changer de crèmerie, et faire honneur aux dames, voici un propos de Margaret Thatcher bien adapté aussi à notre époque :
"Je hausse les impôts de tout le monde, je baisse les impôts des journalistes et les journalistes écrivent que les impôts baissent".
Allez, bon courage quand même!
Otto von Bismarck (1815-1898) : "Le libéralisme va toujours beaucoup plus loin que ce que souhaitent ses propres partisans" .
Martin Luther (1483-1546) : "le monde est comme un paysan ivre sur son cheval. Tu peux le remettre en selle d'un côté, il glisse toujours de l'autre. Il veut appartenir au diable."
Albert Einstein (1879-1955) : "On ne peut pas résoudre les problèmes avec ceux qui les ont créés".
Mais pour changer de crèmerie, et faire honneur aux dames, voici un propos de Margaret Thatcher bien adapté aussi à notre époque :
"Je hausse les impôts de tout le monde, je baisse les impôts des journalistes et les journalistes écrivent que les impôts baissent".
Allez, bon courage quand même!
mercredi 19 novembre 2008
Ils sont fous, ces socialistes!
Nous sommes un peu bizarres, nous les Français, et surtout les Français de gauche, et encore plus les membres du parti socialiste. Dans la plupart de l'Europe civilisée, un parti, quand le résultat des élections lui donne une chance de gouverner, regarde autour de lui quelles sont les autres formations avec lesquelles, au vu du choix des électeurs, il pourrait former une coalition. Il entre alors en négociations avec ces partenaires potentiels, se met ou ne se met pas d'accord en fonction de ce qu'il considère comme essentiel et accessoire dans son programme, de ce qu'il juge acceptable ou inacceptable chez les autres, et dans le cas favorable, met au point avec eux une coalition de gouvernement. Le processus peut prendre en effet quelques semaines, car chacun se bat pied à pied sur les points qui lui tiennent à coeur. Pendant ce temps, comme l'on est dans un monde civilisé, l'on fait confiance au gouvernement sortant pour gérer les affaires courantes.
Chez nous, si tout n'est pas réglé dans les trois jours suivant les élections sur la façon de gouverner et la formation des équipes ministérielles pour les années à venir, l'on se croit déshonoré, et en péril de subir les plus noirs complots. Chez nous, les socialistes, -pire encore- des annnées avant que les électeurs ne soient appelés aux urnes, nous avons l'ambition de décider pour eux de la meilleure des combinaisons pour accéder aux bienfaits d'un gouvernement conduit par nos chefs. L'on prétend donc leur expliquer pour qui ils seraient bien inspirés de voter, s'ils ne parviennent pas à voter pour notre parti lui-même.
Et c'est là que tout se complique! car l'on raisonne sur des formations dont personne ne sait ce qu'elles seront dans trois ou quatre ans, des formations dont on connaît à peine les intentions, et encore moins le poids parlementaire qu'elles pourront afficher au moment décisif, qu'elles se situent à droite ou à gauche de notre cher et grand parti.
Au fond, quelle outrecuidance, quelle condescendance pour le corps électoral! quelle ignorance du fait que le jour venu, celui-ci, comme il l'a fait en tant d'occasions passées, dosera à sa façon la combinaison des forces politiques auxquelles il souhaite confier son destin pour les années à venir.
Si nous croyons vraiment à la souveraineté du peuple, commençons par nous présenter humblement à lui pour ce que nous sommes, avant de pérorer sur nos hypothétiques alliances. Définissons clairement ce que nous voulons, nous et personne d'autre, et l'essentiel de que nous aspirons à réaliser le temps d'un mandat populaire. Et laissons au peuple le soin de nous répondre s'il souhaite que nous agissions seuls, ou alliés avec tel ou tel autre, qu'il saura bien nous désigner.
Les coalitions ont du bon. Elles obligent au compromis. Elles sont le plus sûr moyen de trier le réalisable des idées à l'emporte-pièce, conçues pour emporter les applaudissements des congrès. Elles renforcent les capacités de mettre en oeuvre les bons projets. Au fil de l'exercice du pouvoir, elles instaurent des contrepoids naturels aux tentations d'omnipotence. Enfin, elles se dissolvent d'elles-mêmes quand elles ont épuisé leurs vertus, obligeant en ce cas à retourner devant les décideurs en dernier ressort, c'est-à-dire devant les électeurs.
Sur un tel sujet, faut-il que nous nous fassions moucher par le jeune Besancenot? voilà ce qu'il inscrit dans les principes de son nouveau parti anticapitaliste : "Dans les institutions électives, nous soutiendrons toutes les mesures qui amélioreraient la situation des travailleurs et les droits démocratiques. Nous contribuerions à leur mise en oeuvre, si les électeurs nous en donnaient la responsabilité. Mais nous resterions fidèles à ce pourquoi nous luttons et ne participerions à aucune coalition contradictoire avec ce combat." Voilà, pris à la lettre, du solide bon sens. Voilà des propos de stratège aguerri dont nous devrions nous inspirer, plutôt que de prolonger nos stériles querelles.
Chez nous, si tout n'est pas réglé dans les trois jours suivant les élections sur la façon de gouverner et la formation des équipes ministérielles pour les années à venir, l'on se croit déshonoré, et en péril de subir les plus noirs complots. Chez nous, les socialistes, -pire encore- des annnées avant que les électeurs ne soient appelés aux urnes, nous avons l'ambition de décider pour eux de la meilleure des combinaisons pour accéder aux bienfaits d'un gouvernement conduit par nos chefs. L'on prétend donc leur expliquer pour qui ils seraient bien inspirés de voter, s'ils ne parviennent pas à voter pour notre parti lui-même.
Et c'est là que tout se complique! car l'on raisonne sur des formations dont personne ne sait ce qu'elles seront dans trois ou quatre ans, des formations dont on connaît à peine les intentions, et encore moins le poids parlementaire qu'elles pourront afficher au moment décisif, qu'elles se situent à droite ou à gauche de notre cher et grand parti.
Au fond, quelle outrecuidance, quelle condescendance pour le corps électoral! quelle ignorance du fait que le jour venu, celui-ci, comme il l'a fait en tant d'occasions passées, dosera à sa façon la combinaison des forces politiques auxquelles il souhaite confier son destin pour les années à venir.
Si nous croyons vraiment à la souveraineté du peuple, commençons par nous présenter humblement à lui pour ce que nous sommes, avant de pérorer sur nos hypothétiques alliances. Définissons clairement ce que nous voulons, nous et personne d'autre, et l'essentiel de que nous aspirons à réaliser le temps d'un mandat populaire. Et laissons au peuple le soin de nous répondre s'il souhaite que nous agissions seuls, ou alliés avec tel ou tel autre, qu'il saura bien nous désigner.
Les coalitions ont du bon. Elles obligent au compromis. Elles sont le plus sûr moyen de trier le réalisable des idées à l'emporte-pièce, conçues pour emporter les applaudissements des congrès. Elles renforcent les capacités de mettre en oeuvre les bons projets. Au fil de l'exercice du pouvoir, elles instaurent des contrepoids naturels aux tentations d'omnipotence. Enfin, elles se dissolvent d'elles-mêmes quand elles ont épuisé leurs vertus, obligeant en ce cas à retourner devant les décideurs en dernier ressort, c'est-à-dire devant les électeurs.
Sur un tel sujet, faut-il que nous nous fassions moucher par le jeune Besancenot? voilà ce qu'il inscrit dans les principes de son nouveau parti anticapitaliste : "Dans les institutions électives, nous soutiendrons toutes les mesures qui amélioreraient la situation des travailleurs et les droits démocratiques. Nous contribuerions à leur mise en oeuvre, si les électeurs nous en donnaient la responsabilité. Mais nous resterions fidèles à ce pourquoi nous luttons et ne participerions à aucune coalition contradictoire avec ce combat." Voilà, pris à la lettre, du solide bon sens. Voilà des propos de stratège aguerri dont nous devrions nous inspirer, plutôt que de prolonger nos stériles querelles.
Libellés :
Besancenot,
coalition,
Parti Socialiste
mardi 28 octobre 2008
Sacré Marx, pas mal vu quand même!
"La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production, ce qui veut dire les rapports de production, c'est-à-dire l'ensemble des rapports sociaux...
Ce bouleversement continuel de la production, ce constant ébranlement de tout le système social, cette agitation et cette insécurité perpétuelles distinguent l'époque bourgeoise de toutes les précédentes...
Par l'exploitation du marché mondial, la bourgeoisie donne un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. Au grand désespoir des réactionnaires, elle a enlevé à l'industrie sa base nationale. Les vieilles industries nationales ont été détruites et le sont encore chaque jour. Elles sont supplantées par de nouvelles industries, dont l'adoption devient une question de vie ou de mort pour toutes les nations civilisées, industries qui n'emploient plus des matières premières indigènes, mais des matières premières venues des régions les plus lointaines, et dont les produits se consomment non seulement dans le pays même, mais dans toutes les parties du globe.
A la place des anciens besoins, satisfaits par les produits nationaux, naissent des besoins nouveaux, réclamant pour leur satisfaction les produits des contrées et des climats les plus lointains. A la place de l'ancien isolement des provinces et des nations se suffisant à elles-mêmes, se développent des relations universelles, une interdépendance universelle des nations."
Sacré Marx (et sacré Engels)! pas mal vu quand même, quand on pense que que ceci figure dans le Manifeste du Parti communiste, paru en 1847. On comprend que ces derniers jours à la Foire du livre de Francfort, das Kapital ait figuré parmi les best-sellers.
D'autres passages ont évidemment moins bien vieilli. Marx et Engels d'ailleurs l'ont reconnu eux-mêmes dans leurs préfaces successives au Manifeste, mais en s'interdisant de retoucher un texte enchâssé dans un moment précis de l'histoire européenne. Marx, à la fin de sa vie, percevait bien la montée en Angleterre et en Europe d'une classe moyenne issue de la classe ouvrière. Celle-ci, au fur et à mesure de ses conquêtes sociales, pénétrait donc la bourgeoisie, comme la bourgeoisie avait auparavant investi la noblesse. Bien loin de voir se constituer une immense classe ouvrière indistincte face à une poignée de grands patrons de l'industrie, du commerce et de la finance, l'expansion et la consolidation de cette classe moyenne allait devenir, est sans doute aujourd'hui plus que jamais, l'enjeu central des mouvements politiques, et peut-être même de la marche de l'Histoire.
La fin de l'Histoire passerait alors par l'universalisation de la classe moyenne, et donc par la disparition de toutes les autres classes : non qu'il n'existerait plus de grandes entreprises, et donc de "grands patrons", mais ces grands patrons, loin de s'instituer en classe autonome d'oligarques, seraient issus de la classe moyenne, et amenés, par eux-mêmes ou par leur descendance, à y revenir. Non qu'il n'existerait plus de monde ouvrier ou de pauvres exploités, mais les membres de ce monde auraient le sentiment, appuyé sur la réalité, de pouvoir, soit en cohortes, par leur action collective, soit individuellement,du moins par leurs enfants, emprunter tôt ou tard "l'ascenseur social" les élevant à la classe moyenne.
Une préfiguration de tout ceci a été vécu, au fond, en France et en Europe pendant "les Trente glorieuses". Les grands managers avaient alors pour modèles Pierre Lefaucheux ou Louis Armand, et ne se vivaient pas encore en oligarques. Les ouvriers de Renault -qui s'en souvient encore?- glissaient leur casse-croûte dans des attaché cases. Avant, l'entre-deux-guerres avait vu, en sens inverse, fondre et se reprolétariser la classe moyenne : d'où la montée du fascisme et du nazisme.
Roosevelt, au contraire, avait travaillé à la reconstitution de la classe moyenne, comme l'avaient fait aussi, repartant à zéro, les gouvernements allemands de l'après-guerre. Mais récemment, avec la levée de tous les freins à la loi du marché, l'on a vu se profiler une nouvelle oligarchie, et la précarité s'étendre à nouveau aux classes moyennes. Celles-ci ont vu alors s'accentuer une tendance toujours présente à se fracturer entre une upper middle class composée majoritairement d'héritiers, aspirant à rejoindre les oligarques, et une lower middle class frôlant dangereusement la rechute dans le prolétariat : autant de phénomènes régressifs, aux conséquences encore imprévisibles, tant aux Etats-Unis qu'en Europe.
Dans cette vision des choses, le rôle de la Gauche serait alors d'oeuvrer à l'alliance du monde pauvre et de la classe moyenne en vue de pousser d'une part à la dissolution progressive du premier dans la seconde, d'autre part à l'expansion et à la cohésion croissantes de cette dernière. Cela a été le pacte implicite qui a permis la victoire du Parti socialiste de François Mitterrand. Le délitement rapide de ce pacte a marqué la fin de l'expérience. Ce sont les conditions d'un tel pacte qu'il faudrait aujourd'hui restaurer.
Ce bouleversement continuel de la production, ce constant ébranlement de tout le système social, cette agitation et cette insécurité perpétuelles distinguent l'époque bourgeoise de toutes les précédentes...
Par l'exploitation du marché mondial, la bourgeoisie donne un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. Au grand désespoir des réactionnaires, elle a enlevé à l'industrie sa base nationale. Les vieilles industries nationales ont été détruites et le sont encore chaque jour. Elles sont supplantées par de nouvelles industries, dont l'adoption devient une question de vie ou de mort pour toutes les nations civilisées, industries qui n'emploient plus des matières premières indigènes, mais des matières premières venues des régions les plus lointaines, et dont les produits se consomment non seulement dans le pays même, mais dans toutes les parties du globe.
A la place des anciens besoins, satisfaits par les produits nationaux, naissent des besoins nouveaux, réclamant pour leur satisfaction les produits des contrées et des climats les plus lointains. A la place de l'ancien isolement des provinces et des nations se suffisant à elles-mêmes, se développent des relations universelles, une interdépendance universelle des nations."
Sacré Marx (et sacré Engels)! pas mal vu quand même, quand on pense que que ceci figure dans le Manifeste du Parti communiste, paru en 1847. On comprend que ces derniers jours à la Foire du livre de Francfort, das Kapital ait figuré parmi les best-sellers.
D'autres passages ont évidemment moins bien vieilli. Marx et Engels d'ailleurs l'ont reconnu eux-mêmes dans leurs préfaces successives au Manifeste, mais en s'interdisant de retoucher un texte enchâssé dans un moment précis de l'histoire européenne. Marx, à la fin de sa vie, percevait bien la montée en Angleterre et en Europe d'une classe moyenne issue de la classe ouvrière. Celle-ci, au fur et à mesure de ses conquêtes sociales, pénétrait donc la bourgeoisie, comme la bourgeoisie avait auparavant investi la noblesse. Bien loin de voir se constituer une immense classe ouvrière indistincte face à une poignée de grands patrons de l'industrie, du commerce et de la finance, l'expansion et la consolidation de cette classe moyenne allait devenir, est sans doute aujourd'hui plus que jamais, l'enjeu central des mouvements politiques, et peut-être même de la marche de l'Histoire.
La fin de l'Histoire passerait alors par l'universalisation de la classe moyenne, et donc par la disparition de toutes les autres classes : non qu'il n'existerait plus de grandes entreprises, et donc de "grands patrons", mais ces grands patrons, loin de s'instituer en classe autonome d'oligarques, seraient issus de la classe moyenne, et amenés, par eux-mêmes ou par leur descendance, à y revenir. Non qu'il n'existerait plus de monde ouvrier ou de pauvres exploités, mais les membres de ce monde auraient le sentiment, appuyé sur la réalité, de pouvoir, soit en cohortes, par leur action collective, soit individuellement,du moins par leurs enfants, emprunter tôt ou tard "l'ascenseur social" les élevant à la classe moyenne.
Une préfiguration de tout ceci a été vécu, au fond, en France et en Europe pendant "les Trente glorieuses". Les grands managers avaient alors pour modèles Pierre Lefaucheux ou Louis Armand, et ne se vivaient pas encore en oligarques. Les ouvriers de Renault -qui s'en souvient encore?- glissaient leur casse-croûte dans des attaché cases. Avant, l'entre-deux-guerres avait vu, en sens inverse, fondre et se reprolétariser la classe moyenne : d'où la montée du fascisme et du nazisme.
Roosevelt, au contraire, avait travaillé à la reconstitution de la classe moyenne, comme l'avaient fait aussi, repartant à zéro, les gouvernements allemands de l'après-guerre. Mais récemment, avec la levée de tous les freins à la loi du marché, l'on a vu se profiler une nouvelle oligarchie, et la précarité s'étendre à nouveau aux classes moyennes. Celles-ci ont vu alors s'accentuer une tendance toujours présente à se fracturer entre une upper middle class composée majoritairement d'héritiers, aspirant à rejoindre les oligarques, et une lower middle class frôlant dangereusement la rechute dans le prolétariat : autant de phénomènes régressifs, aux conséquences encore imprévisibles, tant aux Etats-Unis qu'en Europe.
Dans cette vision des choses, le rôle de la Gauche serait alors d'oeuvrer à l'alliance du monde pauvre et de la classe moyenne en vue de pousser d'une part à la dissolution progressive du premier dans la seconde, d'autre part à l'expansion et à la cohésion croissantes de cette dernière. Cela a été le pacte implicite qui a permis la victoire du Parti socialiste de François Mitterrand. Le délitement rapide de ce pacte a marqué la fin de l'expérience. Ce sont les conditions d'un tel pacte qu'il faudrait aujourd'hui restaurer.
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mardi 14 octobre 2008
La fin du communisme aurait-elle relancé la marche de l'Histoire?
Mon ami Marc Bressant vient de sortir un roman aux éditions de Fallois, La dernière conférence. On se souvient de son drôlatique premier roman, Mémoires d'un vieux parapluie, racontant l'histoire d'un président de la République s'ennuyant tellement dans son rôle qu'il finissait par mettre la clef sous la porte et disparaître sous d'autres cieux. La garde rapprochée du président d'alors avait cru discerner, bien à tort d'ailleurs, quelque ressemblance entre le héros du livre et leur idole. On ne badinait alors pas plus qu'aujourd'hui avec ce genre du choses et ceci n'avait pas simplifié la carrière du diplomate qui se cachait à peine sous le nom de plume précité, et qui cachait encore moins son ancrage à gauche. Mais comme on le sait, les coups les plus durs viennent de son propre camp.
La dernière conférence décrit de façon tout aussi amusée, et amusante, l'une de ces conférences Est-Ouest issues des accords d'Helsinki, qui commence au 1er octobre 1989 dans l'affrontement des deux Blocs et s'achève dans le joyeux désordre déferlant sur l'Europe au moment de la chute du Mur. Le héros du roman y apparaît d'abord sous les traits d'un diplomate désabusé avant de se prendre au jeu, au jeu de la conférence... et aussi aux jeux de l'amour. Ceux-ci lui coûteront d'ailleurs cher, mais l'on se situe déjà après la fin de l'histoire.
Ceux qui ont vécu l'époque dans les chancelleries et les ministères retrouveront cette étrange atmosphère où l'on entrait dans l'avenir à reculons : tout ce qui survenait paraissait incroyable, voire lourd d'incertitudes et de dangers. Le monde que l'on quittait paraissait au fur et à mesure que l'on s'en éloignait paré de vertus croissantes. Selon les termes employés par notre président de la République en 1996 devant ses ambassadeurs, il était "critiquable mais lisible". Que de nostalgie dans cette formule!
Pour revenir à la conférence de Marc Bressant et à nos interrogations sur la crise actuelle, voici un passage sortant de la bouche d'un diplomate tchèque :
"Une chose au moins est incontestable : de par notre existence et de par celle de nos chevaux de Troie comme vous avez si longtemps appelé les partis communistes qui existaient chez vous, nous avons été un paratonnerre contre la logique folle de votre système capitaliste. A cause de nous, vos gouvernements ont été obligés de mettre de plus en plus d'eau dans leur vin. Ils ont fini par donner des droits et du pouvoir d'achat aux travailleurs, et par imposer des limites aux exigences des entrepreneurs. Ce serait un peu exagéré de dire que vous nous devez vos "Trente Glorieuses", mais nous n'y sommes pas tout à fait pour rien...
Bon, très vite sans doute nous allons devenir vos clones. La perestroïka, le multipartisme en Pologne et en Hongrie, les manifestations chez moi, en RDA et jusqu'en Bulgarie – il faut le faire quand même! – sonnent la débandade. Le Mur est tombé sur le modèle socialiste tout entier.
Mais il faut que, vous aussi, vous le sachiez : il n'y aura plus désormais de statue du commandeur pour obliger vos capitalistes à faire la part du feu. Le monde va entrer de nouveau dans l'ère des Krupp, Wendel et autres Bata avec toutes les tribulations qui en résulteront, les crises genre 1930 et, comme l'a montré Lénine avec une clairvoyance qu'on ne saurait lui refuser, leurs inévitables corollaires, les guerres coloniales, européennes et autres."
Pas mal vu, non, en regard de ce que nous vivons depuis quelque temps?
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